La signification des rêves

Psychologie de la vie ordinaire : la signification des rêves
Deux théories des rêves se sont successivement imposées à l'âge moderne. La première remonte à Descartes et a été développée par Cabanis. Il s'agit de la théorie physiologique ou, si l'on veut, psycho-physiologique, selon laquelle nos rêves sont suscités par l'influence de nos organes sur le cerveau, en l'absence de contrôle de l'esprit sur le corps. En résumé, une mauvaise digestion ou bien simplement le frottement des draps sur des parties sensibles produit un effet inaperçu sur le cerveau qui transcrit la sensation interne ou externe en image onirique. L'image s'associe à d'autres images, ou idées, en rapport avec le vécu de la veille, celui-ci étant encore prégnant. Cette théorie était encore active au XIXe siècle (Philippe Tissié, 1890), avant d'être supplantée par la psychanalyse. Bien qu'elle doive une large part de son succès à une escroquerie intellectuelle (voir sur ce point la spectaculaire démonstration de Jacques Bénesteau), la psychanalyse, ou sa vulgate, occupe une place de premier choix dans les mentalités populaires, et c'est à ce titre que j'en dirai quelques mots. Cette théorie développée à l'écart des standards de la recherche peut se résumer ainsi : les rêves sont les manifestations déguisées de désirs refoulés. La censure qui réprime à l'état de veille les désirs scabreux, et que le psychanalyste décèle dans les résistances que lui oppose le patient, se trouve dans le sommeil non pas supprimée mais affaiblie, de sorte que les désirs interdits se satisfont de manière détournée ou symbolique. La psychanalyse se targue d'avoir décelé les mécanismes de transformation : condensation, déplacement, symbolisation et dramatisation. Dans ces conditions, le contenu manifeste est supposé moins riche que le contenu latent, lequel demande à être interprété. L'interprétation des songes, pratiquée depuis la plus haute antiquité (« l'oniromancie », l'art divinatoire), et présente dans le judaïsme et le christianisme (voir l'Ancien Testament), est remise à l'honneur par la psychanalyse sous un habillage en apparence plus scientifique, « herméneutique ». A examiner ces deux théories, il n'est pas difficile de voir qu'elles tombent dans des excès inverses : l'une minimise la part des mécanismes purement psychologiques, l'autre accorde à l'inconscient, appareil psychique caché, une véritable autonomie.
Lorsque, jeune professeur de philosophie en classes de terminales, j'exposais la théorie freudienne (Freud étant au programme du bac), certains élèves me faisaient remarquer que bien des rêves, par exemple les cauchemars, ne se plient pas à ce modèle d'explication. Le bon sens avait raison, mais la psychanalyse se tire de la difficulté, comme on sait, en alléguant l'importance de la sexualité, et notamment du complexe d'¼dipe. Je rêve que je pénètre dans le sous-sol d'une maison et qu'un individu survenant derrière moi essaie de me poignarder dans le dos : le sous-sol figure bien sûr les profondeurs secrètes du psychisme, l'assassin exprime évidemment l'image du Père, donc ce rêve trahit la crainte du père, liée à la fixation maternelle. Il n'échappe à personne que l'écart entre le contenu manifeste et le contenu latent des rêves permet une grande latitude d'interprétation. Aussi Freud et ses disciples doivent-ils beaucoup à l'exégèse des textes judaïques dont l'un des traits spécifiques est la réceptivité à des interprétations très diverses, « symboliques » autant qu' « événementielles ». Cependant, de la religion à la science, il y a un pas qu'on ne saurait franchir aussi allègrement. On m'excusera d'y insister, mais l'ascendant de la théorie psychanalytique sur l'opinion commune m'oblige à enfoncer le clou de la démystification.
Prenons un exemple banal. Je me promène dans la forêt, il fait sombre. Soudain j'entends un bruit bizarre derrière des buissons, un genre de grognement. Je me pose des questions : s'agit-il d'un chien égaré, d'un animal sauvage ? Peut-être est-ce un fou dangereux. Je suis sur mes gardes. Je poursuis mon chemin, puis rentre à la maison. La nuit, je rêve que je suis attaqué par une bête féroce, un effrayant « razorback » comme celui de Russell Mulcahy (film d'horreur de 1984). Que dira le psychanalyste ? Que le monstre trahit l'image du Père ? Que je suis sujet à un complexe de dévoration remontant à ma sexualité infantile ? Je laisse de côté ces fantaisies et me tourne vers une explication crédible. La première question qui se pose est celle-ci : que s'est-il passé la veille, en forêt ? Il faut décortiquer la conduite qui fut la mienne au moment où j'entendis les grognements bizarres. Mon premier geste fut de stopper la marche puis de faire le silence et de tendre l'oreille dans l'attente d'un bruit mieux identifiable ; en même temps, j'étais sur mes gardes, c'est-à-dire prêt à réagir, les muscles contractés, le regard cherchant quoi utiliser comme objet défensif. Mon corps, mon esprit, étaient mobilisés, prêts à affronter le danger, un danger au demeurant mal défini. J'étais donc concentré sur une action potentielle, mais dont seul le début était donné, la suite restant indéterminée. Et puis, rien ne s'est passé. L'action a été entravée, s'est arrêtée au préambule.
Le rêve a prolongé l'action qui, dans les faits, était restée sans suite. On pourrait dire en d'autres termes que « l'affaire n'avait pas été classée ». Je suis rentré chez moi sans savoir exactement quelle espèce d'être était cachée derrière le buisson. Le psychisme a développé un scénario possible, certes amplifié, démesuré même (peut-être alimenté par le souvenir confus du film de Russell Mulcahy), mais dans le sens d'un schéma d'action qui n'est pas du tout étranger à celui dans lequel j'étais engagé en me postant sur la défensive. Dans le rêve, ma réaction est la fuite, puis le combat, puis encore la fuite, tout cela étant assez désordonné, difficile à reconstituer ; je me débats, je lutte, j'ai peur. Il n'est pas invraisemblable de soutenir que ces phénomènes correspondent, pour tout individu soumis à la même expérience, à une suite possible de l'expectative « sous tension » qui caractérise ma conduite en forêt. Tout se passe ainsi comme si le rêve développait, en les mimant ou en les « jouant », des réactions anticipées qui n'ont pas eu lieu dans la réalité.
En résumé, les rêves poursuivent, prolongent, actualisent, une action bloquée durant la veille ou restée lettre morte. Voilà mon hypothèse. On va peut-être me reprocher d'aller un peu trop loin et de choisir des exemples commodes. Nos rêves ne sont-ils pas tout simplement des délires, donc des phénomènes irrécupérables ? J'admets qu'il y a une déperdition importante dans les rêves que nous faisons. Pour autant, un certain nombre d'entre eux nous parviennent pourvus d'une qualité narrative non négligeable. On peut supposer que ceux que nous retenons le mieux sont justement les plus narratifs, ou plus exactement, que les mieux « sauvegardés » sont ceux qui intéressent l'action, ceux qui se laissent aisément reconnecter sur des schémas d'action cohérents. Aussi faut-il maintenant préciser ce qu'est une action. S'agissant d'un sujet aussi vaste, je me contenterai des remarques utiles à l'explicitation de mon hypothèse.
- On a trop souvent tendance à raisonner en termes dualistes. Ainsi, pour l'intellectualisme, toute décision devant déclencher un acte serait précédée d'une délibération intérieure : d'abord la réflexion, puis l'action. On voit tout de suite venir l'objection : face au danger, je ne me pose pas tant de questions, je ne me lance pas dans des scénarios imaginaires, je suis en réalité déjà dans l'action. Si donc on peut parler de scénario anticipé, c'est dans la mesure où l'action elle-même anticipe un scénario. C'est ce qu'il me faut ici expliquer. La posture adoptée face au danger est, pour prendre une comparaison mathématique, la dérivée d'une courbe qui serait l'action « se déroulant ». En d'autres termes, l'action amorcée indique virtuellement la direction (ou peut-être même en fait un ensemble de directions possibles). Il faut se garder de dissocier la position du corps et l'état d'esprit du sujet. Les deux font corps, si j'ose dire. C'est ce qu'on voulu exprimer certains psychologues et phénoménologues en parlant de « corps psychique ». Je pense avec mon corps comme j'agis avec ma pensée, les deux se conditionnent réciproquement dans la visée « intentionnelle » de l'objet (à atteindre, à saisir, à aimer, à fuir, etc.). Ce qui semble primordial, c'est cette « visée » en fonction de laquelle les gestes, l'expression, l'état d'esprit, etc., se déterminent. Et il n'y a pas lieu ici de séparer corps et esprit : leur distinction (à ce stade de l'analyse en tout cas) est artificielle. C'est un fait admis depuis longtemps, d'ailleurs, puisqu'au XIXe siècle on avait déjà remarqué que l'expression physique d'une émotion (donc d'un état psychique) fait partie intégrante de l'émotion (voir Ribot et W. James).
- On sait également depuis le XIXe siècle (Renouvier, Fouillée, Janet) que les idées sont des commencements d'action. Etre frappé par une mauvaise nouvelle, c'est déjà se situer dans le monde en fonction de ce qu'on vient d'apprendre, c'est esquisser un mouvement de réaction qui tient compte d'un changement de variable dans « la situation » qui est la mienne. Ce phénomène est une conduite. Avoir par exemple l'idée qu'une bête se cache tout près d'ici, derrière le buisson, c'est déjà se mobiliser comme chasseur : bras, muscles, perception, écoute, pris ensemble comme un tout en situation. Ensuite, l'action se poursuit ou s'arrête, selon les cas. Ainsi, il nous arrive assez souvent de prolonger en rêve une action seulement « fantasmée » dans la journée. Cela n'a rien de surprenant dans la mesure où la représentation intérieure d'une scène est déjà une action mimée ou « jouée ». Pour s'en convaincre il suffit de se représenter une personne avec laquelle on est habituellement en conflit : on vit (intérieurement) le conflit « comme si on y était » et bientôt les signes physiques de la colère vont accompagner la représentation (nerfs tendus, dents serrées, pouls accéléré). C'est un peu la même chose quand on regarde un film et qu'on s'identifie aux personnages ; observez un spectateur devant un fils d'action : il se crispe, esquisse des mouvements brusques, etc. Les rêves peuvent prolonger des actions auxquelles on a pris part par identification.
- Le fait que nous soyons des êtres vivants n'est pas étranger à l'idée que je développe, selon laquelle le scénario déroulé dans le rêve est virtuellement inscrit dans l'amorce de l'action. C'est en effet le propre d'un vivant que d'être en prise sur le réel, prêt à agir et à réagir (de façon plus ou moins efficace). Tout se passe, dit en résumé Bergson, comme si la nature avait attaché notre faculté de connaître à notre faculté d'agir. Là encore, il faut renoncer au dualisme : il n'y a pas d'abord la connaissance, puis l'action ; la théorie puis la pratique (avant de philosopher, il faut vivre, rappelle Bergson). Mais ce rapport au réel n'est pas anarchique. Il y a pour ainsi dire une « logique » de l'action (je passe sur la question par ailleurs importante de savoir si elle est innée ou si elle résulte de l'apprentissage et de l'habitude). La conduite s'inscrit dans une logique (qui rend d'ailleurs possible l'intersubjectivité) à laquelle peut s'intégrer, chez nous, une forme élaborée de conscience réfléchie (calcul, objectivité, normativité, etc.). Mais il y a d'abord en tout vivant une logique primaire, celle qui commande notamment les réflexes de survie. Certains schémas sont virtuellement inscrits, en ce sens, dans les débuts d'action : on peut ensuite concevoir, bien sûr, des bifurcations, selon que l'action est trop difficile, exige trop de force, etc. C'est là que se manifestent les phénomènes de dérivation dont parle Janet (face à la feuille blanche, le candidat craque, éclate en sanglots : la force mobilisée pour la dissertation passe ailleurs et se dépense dans des mouvements inadaptés).
C'est sans doute parce que nous sommes des vivants que notre psychisme ne cesse d'être branché sur l'action. Mais il y a l'action réelle et l'action mimée. Dans le rêve, l'action se poursuit, mais seulement en « jouant » les scènes. Par conséquent, tout se passe comme si l'action n'était jamais en repos, comme si elle devait se poursuivre d'une manière ou d'une autre. L'action efficace est celle qui s'effectue sous le contrôle de la conscience : c'est l'action volontaire par excellence, c'est-à-dire celle qui concentre la personnalité (le corps psychique) en un point. Le rêve est, lui, un lieu d'opérations, mais seulement d'opérations impuissantes, et surtout débridées, qui témoignent du travail souterrain de notre psychisme (connu depuis longtemps : Ribot, Colsenet, Janet ont parlé d'activité « inconsciente » et de « subconscient » avant Freud). Dans le sommeil, le psychisme poursuit ses opérations par bricolage associatif. Cela explique que beaucoup de nos rêves soient des prolongements d'actions télescopées. Par exemple, j'ai reçu aujourd'hui par la poste un relevé de comptes qui m'annonce que je suis dans le rouge ; par ailleurs, on m'a parlé d'une rave party dans le Larzac qui a mal tourné ; j'ai appris dans le journal qu'un hold-up avait eu lieu dans ma ville et qu'on recherchait les voleurs. La nuit, je rêve que je cambriole ma banque au milieu d'une rave, entouré de jeunes gens drogués qui gênent mon entreprise au point de la faire échouer... En quoi, dira-t-on, ces « nouvelles » étaient-elles de l'ordre de l'action ? Reportons-nous à la théorie des idées comme commencements d'action. J'ai « participé » mentalement à ces nouvelles, j'ai été surpris, ému, interloqué, bref, elles possédaient une charge affective, une capacité d'impressionner. Ce sont ces images « marquantes » qui se réinvestissent dans les scénarios du rêve sous formes de schémas d'action. Bref, notre psychisme est encore « dans l'action », même quand il se raconte des histoires.
Il y a dans tout cela des significations, et même une surcharge de rapports entre choses « sans rapport », d'associations fort déconcertantes. Ce processus n'est pas sans rappeler le besoin de l'enfant de trouver à tout prix des significations à tout, quitte à inventer les mécanismes les plus étranges : c'est ainsi que mon fils de quatre ans m'a expliqué récemment que les vagues des plages de Normandie sont « fabriquées en Angleterre ». Certes, l'enfant n'invente pas à proprement parler, mais bricole. De même dans les rêves. S'il arrive que le travail psychique souterrain permette de découvrir la solution d'un problème (le fait a été souvent glosé) ce n'est pas par invention, comme l'ont cru les romantiques, mais par combinaisons : l'une des combinaisons était la bonne ! Le caractère débridé du bricolage onirique tient au fait qu'il est coupé de l'action réelle, qu'il n'est plus encadré par les contraintes du « principe de réalité ». Dans le sommeil, l'activité psychique n'est plus canalisée par l'attention au réel qui habituellement empêche l'esprit de s'égarer dans des associations d'idées oiseuses et inopérantes. L'activité volontaire de l'homme en action consiste en une tension psychique qui condense le moi dans l'opération présente, tandis que les fonctions mineures ou instrumentales (le mouvement des mâchoires par exemple) sont abandonnées à « l'automatisme » (comme si le sujet n'avait pas le temps de s'en occuper). Autrement dit, dans la gamme des possibilités offertes au psychisme de l'homme en action, l'urgence contraint à une sélection en vue de l'utilité, sélection qui n'a plus lieu d'être dans la détente du sommeil, lorsque le sujet, selon l'expression bergsonienne, « se désintéresse de la situation présente ».
Les rêves manifestent donc un travail « subconscient » plutôt qu'inconscient, puisqu'ils s'accompagnent de conscience, faute de quoi je ne pourrais en faire état, et qu'ils ne semblent pas obéir à d'autres processus qu'aux processus de la conscience (en tant que mécanismes branchés sur l'action). Si mon hypothèse donne tort au freudisme, elle permet de récupérer (de manière détournée) la notion de refoulement. Le refoulement freudien n'est en réalité (toujours selon mon hypothèse) qu'un cas particulier du fait qu'un rêve prolonge une action avortée. Dans nos sociétés monogames, les désirs sexuels irréalisables sont fréquents : l'homme ordinaire voit défiler dans la rue ou à la télé, ou sur le web, des filles attirantes qu'il imagine volontiers dans son lit. L'action est stoppée au niveau de l'imagination, elle ne franchit pas le stade des images mentales suggestives. L'acte sexuel, en d'autres termes, n'est pas consommé. Selon mon hypothèse, il est probable que la nuit, l'acte sexuel va s'accomplir en rêve. N'est-ce pas, selon l'expérience commune, ce qui arrive le plus souvent ? Le malheur est que Freud a cru bon, pour des raisons qui tiennent à sa stratégie de séduction, d'interpréter toujours l'action stoppée comme action censurée, comme si le fait de ne pas passer à l'acte exprimait toujours, et non parfois, un fondamental « interdit de jouissance » imposé par le « surmoi ». Cette exagération peut s'expliquer par le contexte social et religieux dans lequel est née la psychanalyse...
Si les rêves poursuivent et « jouent » une action bloquée durant la veille, ou restée lettre morte, la signification des rêves, donc l'interprétation qu'on doit essayer de leur chercher, dépend de la qualité de l'action. L'un des psychologues les plus avisés sur cette question, Piaget, nous aide en comparant le rêve au jeu symbolique de l'enfant. Le jeu symbolique ou jeu d'imagination (à distinguer du jeu de règles) est compris par Piaget comme une transformation du réel par assimilation au moi. Le jeu de la poupée symbolise une réalité dont la petite fille n'est pas encore familière parce que les cadres mentaux dont elle dispose ne lui sont pas appropriés (c'est ainsi par exemple qu'elle répète avec sa poupée une scène de ménage). Faute d'outils conceptuels ou langagiers adaptés, elle a recours à un symbolisme plus direct. L'assimilation se traduit ici par une utilisation particulière de la fonction sémiotique consistant à construire des symboles à volonté pour exprimer tout ce qui ne peut être formulé dans l'expérience vécue au moyen du seul langage. Le « symbole » est un signe individuel, élaboré par l'individu sans le secours du langage (on est très loin de Lacan pour qui « l'inconscient est structuré comme un langage »). Le dormeur qui perd (dans son sommeil) l'utilisation du langage (outil de communication) se trouve alors sans le vouloir dans des conditions analogues. Les mécanismes que Piaget nomme assimilation et accommodation sont directement empruntés à la biologie. Un organisme est adapté lorsqu'il peut à la fois conserver sa structure en assimilant les aliments tirés du milieu extérieur et accommoder cette structure aux diverses particularités de ce milieu ; de même, la pensée est adaptée à une réalité particulière lorsqu'elle a réussi à assimiler à ses propres cadres cette réalité, tout en accommodant ces cadres aux variations du réel.
Je dirai pour ma part qu'entre les actions irréalisables et les actions réalisées, il y a des actions déconcertantes, celles dans lesquelles on s'est trouvé impliqué sans que le psychisme ait été préparé aux « suites à donner ». Là où le commencement d'action ne renferme même pas virtuellement de scénario possible, l'esprit comble ce déficit de signification par les « symboles » (au sens précis de Piaget et non au sens des mythes allégués par Freud, qu'il manie au premier degré). On comprend alors que l'adaptation au monde, lorsqu'il s'agit du monde socialisé des humains, soit corrélée à des valeurs positives et négatives, à des normes structurantes qui placent l'individu à un certain niveau d'action. On ne peut interpréter les rêves sans déchiffrer d'abord le monde dans lequel le sujet s'efforce d'agir : quel est son but, à quoi a-t-il renoncé consciemment, de quoi s'est-il écarté sur le mode du déni, etc. ? Ces questions se ramènent au rapport du sujet au monde, à la manière dont il assume son existence, à son « projet » comme dirait Sartre. C'est ainsi par exemple que la charge affective d'une image dépend d'un contexte de significations qu'il faut prendre en considération si l'on veut comprendre les conduites de l'individu puis ses rêves. D'un point de vue clinique, l'approche dynamo-phénoménologique n'est pas des plus faciles, puisque l'interprétation passe par une évaluation individualisée des moindres actions ou commencements d'action.

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