Cher Routard

Cher Routard

Cher guide du routard,
Je pars avec toi sous le bras chaque année, tu m'accompagnes depuis fort longtemps en des lieux, en des moments qui resteront longtemps gravés dans ma mémoire. Tu étais là, lors de ces rencontres qui sont des moments uniques qui forgent notre expérience, nourrissent notre réflexion et nous rapprochent de l'humain. Tolérance, respect, écoute, découverte et enrichissement.
Cette année encore je t'ai fait suivre, en Corse. J'y ai découvert une île de toute beauté avec toi comme guide. J'attendais que tu m'indiques les « bons coins », les lieux où les rencontres les plus improbables sont possibles !
J'ai été servi, bien au-delà de mes espérances !
Je commencerai par ce petit camping à Saint-Florent, U Pezzo, qui n'a de camping que le nom. Je passe sur l'hygiène moyenâgeuse des sanitaires et l'accueil tout sourire d'une émotion rare !
Ensuite L'Ile-Rousse et son camping usine (mais là tu nous avais prévenus) où tu te sens « vache à lait » prête pour la traite !
Rien à dire, bien au contraire, du camping Funtana al Ora dans les environs de Porto (route d'Evisa). Accueil, cadre, service… ce que l'on attend d'un camping recommandé par toi.
Et puis Corte, sa citadelle et sa merveilleuse Restonica !
Nous jetons notre dévolu sur U Sognu (« le songe »- p306 gdr 2004/2005). Et là notre aventure Corse touche à son paroxysme…
Suite à un malentendu à propos de notre petite chienne (6kg-25 cm au garrot !) la gérante nous demande de quitter les lieux et ce malgré nos plus plates excuses et notre calme face à des termes quelques peu fleuris à notre égard. (il est 23h00).
Après une bonne nuit de sommeil nous nous expliquons avec un autre membre du camping qui finit par nous comprendre, nous comprenons également sa position et tombons d'accord. Il s'assied avec nous et partage notre table un instant. Quelques minutes plus tard, revient la gérante… et là, c'est le drame !
Insultes, démontage manu militari et en force de notre tente (deux enfants hurlant de panique à l'intérieur), re insultes, violences physiques, insultes (ter). Evidement, adieu la balade en Restonica de bon matin. Nous plions (nos tentes) pour quitter les lieux, re insultes, re violences physiques et pour finir menaces de mort :
« toi tu ne quitteras pas la Corse ! ».
Certes du folklore mais je me pose des questions… Il m'arrive rarement de proférer des menaces de mort et encore moins d'en subir !
J'appelle la gendarmerie et là surprise… ils sont connus pour ce genre d'attitude. Plusieurs scènes du même type cette année (et par le passé aussi) à leur actif. Nous quittons donc les lieux, payons notre nuit, récupérons nos pièces d'identité. C'est alors que nous remarquons sur la cahute d'accueil une ribambelle d'autocollants indépendantistes (FLNC/A cuncuolta) représentant des hommes encagoulés armés de leurs kalachnikovs…
Une fois en ville nous déposons plainte auprès de la gendarmerie.
Depuis quand, cher Guide du Routard, orientes-tu tes amis, routard ou presque, touristes attentifs toujours, vers des professionnels affichant ostensiblement leurs opinions politiques, ici nationalistes ?
Ils ne peuvent t'avoir échappé, toi dont c'est le métier, ces encarts et ces comportements ultranationalistes, cet appel à la violence et à l'intolérance assumé dans un lieu « public » fréquenté par des familles et leurs enfants. Elle ne peut t'avoir échappé cette hostilité haineuse tout juste dissimulée par le premier accueil. Un jour, d'autres que nous réagirons également avec violence et ce sera l'escalade et le drame.
Depuis quand ne te renseignes-tu pas mieux sur les professionnels chez qui tu nous envoies ?
Depuis quand ai-je de la chance chaque fois que je suis parti avec toi ?
J'ai perdu la confiance et ça c'est le pire qui puisse nous arriver. Et si j'en crois nombre de tes lecteurs tu deviens « foireux » sur tes indications… certes pas toutes. Mais maintenant comment puis-je faire le tri ? à l'aide d'un autre guide ?
Comble de l'ironie. Les gendarmes nous ont fait comprendre le problème Corse : intolérance, replis sur soi, racisme et fascisme (au 1er semestre 2004 un tiers des agressions racistes en France ont eu lieu en Corse -source INSEE Corse, FADSIL fond d'action social et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations). Pardon ! La défense de la culture Corse !
Je disais donc comble de l'ironie, les gendarmes nous ont conseillé un camping, le Santa Barbara sur la route d'Aléria (N 200) à la sortie de Corte (3 km). Accueil chaleureux, piscine, tarifs moins élevés, ombre… très sympas, adorables mêmes (malgré une saison calamiteuse à leurs dires), prêts à conseiller tel boulanger pour son pain au maïs, tel artisan pour ses produits, à parler de leur amour pour cette terre, à partager.
Tiens, ils me rappellent Théo en haut de la Restonica, ses saucissons, ses fromages et cet instant hors du temps où sur la terrasse nous avons contemplé la montagne, sans un mot… Je crois qu'il nous l'a donné en partage, il nous a donné un peu de lui-même, avec pudeur et simplicité…
On a quitté la Corse avec de belles images et un goût amer. Je ne sais pas si nous reviendrons et ça c'est dommage.
Pour finir le camping le Santa Barbara ils ne sont pas chez toi mais sur le Petit Futé 2004 !
Alors c'est sûr tu n'es pas responsable mais tout le monde savait sauf toi !
Bien à toi cher Guide du Routard.
Ps : Tout guide à une lourde responsabilité lorsque au-delà de la simple narration culturelle, historique et géographique il donne des noms, des adresses, des bons plans. Le lecteur s'en remet à lui car il ne peut lui-même, par manque de moyens et de temps, vérifier tous les professionnels du tourisme qu'il croise.
N'est-il pas du devoir de tout guide d'être impartial et rigoureux ?
Pour information :
Beaucoup de touristes sont passés par la case gendarmerie à Corte pour porter plainte contre les gérants de ce même camping mais très peu ont eu le courage d'aller jusqu'au bout, par peur des représailles ou tout simplement parce qu'ils n'avaient pas envie de perdre une de leurs précieuses et trop rares journées de vacances sur cette île.
Il faut savoir que pour porter plainte pour menace de mort, la menace doit être réitérée à 24 h d'intervalle au minimum, sinon, le seul recours est d'aller chez un médecin faire constater l'absence ou la présence de traces suite à des coups et blessures. Soit environ 4 heures de procédures entre la consultation à l'hôpital et l'écriture du rapport de plainte en gendarmerie.
Enfin pour finir lors de l'altercation nous avons reçu le soutien de nombres de campeurs présents à ce moment, certains ont eux aussi quitté les lieux, d'autres sont passés à la gendarmerie pour donner leurs noms afin d'être nos témoins.

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