Fête champêtre

Fête champêtre

Fête champêtre
Après quelques kilomètres seulement, Mina s'est endormie…
La petite carte d'invitation propose une fête champêtre, nous serons bien pour passer cette journée à 1 000 m d'altitude, en pleine nature, cette journée d'été commence sous le soleil.
Le trajet est un peu long pour atteindre notre point d'arrêt mais les grands chassés-croisés étant terminés, la route est agréable et le paysage admirable.
J'aborde tranquillement l'entrée d'un village … Néronde… un moment de trouble me traverse l'esprit en lisant ce nom, Néronde… J'y suis venue dans ce village, une fois, une seule, il y a longtemps déjà, c'était en 1992, oui là juste là sur la gauche, j'ai franchi ce portail, parcouru les allées… c'était au printemps, la saison où les prés se gorgent de couleurs et de senteurs. J'ai déposé sur la butte de terre un bouquet de fleurs des champs juste devant cette plaque dont on distinguait à peine les inscriptions, « Thérèse …»…
C'est dans ce village qu'elle était née, avait passé son enfance avant d'en partir pour travailler à l'âge de 14 ans, petite bonne de châtelains, elle trimera et servira pendant toutes ces années qui la menèrent à la retraite.
J'avais tout juste 25 ans quand nous nous sommes rencontrées, 65 années nous séparaient… Arrivée dans cet établissement à la demande des services sociaux, un immonde taudis pour abri, les poubelles pour trouver un peu de nourriture et pour seule famille les chats sauvages du quartier, un placement s'imposait.
Chambre 108… elle emménageait là avec les quelques effets qui lui appartenaient, découvrait la propreté d'un lieu, la modernité d'une salle de bain et le confort d'un lit.
Toujours vêtue de son vieil imper, son chapeau tricoté au crochet, portant à son bras un cabas recousu maintes fois, elle déambulait dans ce lieu qui devenait son domicile.
Au fil des jours, elle prit l'habitude de me rendre visite régulièrement au bureau, pour dire bonjour, pour discuter et petit à petit vint s'installer chaque jour pendant plusieurs heures face à moi. Elle restait là, me regardant m'affairer, cherchant à quoi pouvait bien servir un ordinateur, récupérant de-ci, de-là, un thrombone échappé sur le sol, un vieux papier gribouillé dans la poubelle.
Elle me parlait de sa vie, de son ennui, m'apportait régulièrement quelques fleurs chapardées dans les jardins alentours au cours de ses promenades quotidiennes, m'offrait la pâtisserie que son voisin de table n'avait pas souhaité manger, me racontait outrée les frasques amoureuses d'un de ses voisins de paliers !
Ses journées passaient ainsi prés de moi… j'étais devenue son repère dans une vie qui n'était plus rien, j'étais la jeunesse qu'elle n'avait pas vécu, la jeune femme qu'elle n'avait pu être, l'indépendance et la liberté qu'elle n'eut jamais.
Elle finissait sa vie dans cet endroit qui ne représentait rien, qui n'apportait rien… elle ne trouvait de plaisir à la vie qu'en côtoyant la nature, restait dehors à écouter le chant des oiseaux et s'en allait à la recherche de quelques fleurs des champs, de ces fleurs qui embaument l'air de leurs essences et égayent le paysage de leurs couleurs… de ces fleurs que je déposais ce jour-là sur cette butte de terre…
La route devient sinueuse, nous arrivons bientôt… Mina s'éveille…les nombreux invités sont déjà là, se saluent, s'embrassent, discutent, rient aux éclats…
La table est colorée, la musique est de la partie, mets et boissons attendent les convives, la fête commence !

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