Garde a vue

Garde a vue

Le 29 aout 2008, je rentre de vacances a 15h00 avec mes enfants.
Pour une raison que j'évoquerai plus tard, voici que la Police débarque chez moi, ils sont 7, deux femmes et 5 hommes qui sont taillés comme des Jona Lomu, armés jusqu'aux dents. Ils me demandent de les suivre, me fouillent au corps dans la rue, et m'embarquent. J'étais censé faire une déposition au commissariat, et l'officier m'informe que je suis mis en garde a vue.
Il est 20h, je rentre dans la cellule.
On me retire mes chaussures, mon bracelet de coquillages, ma montre, mes lunettes, mon téléphone, il ne me reste que mes chaussettes, un short, un slip et un tee-shirt.
Je suis dans une cellule de 3 m de long sur 2,5m de large, des murs en parpaings blancs, et face a moi une vitre en plexiglas sale et pleine de crachats. Le sol est dégoûtant, il y a même de l'urine dans un coin. J'ai un petit banc en béton et une couverture.
22h00, on me change de cellule, pour celle qui est juste a gauche, elle fait le double de la taille, c'est « la suite » aux dires de l'officier. Mais cela double le nombre de crachats, il y a aussi de l'urine des excréments et autres décorations.
On me propose de manger, j'accepte, voici donc une assiette en plastique avec du riz non cuit, et de la sauce tomate tiède, ainsi qu'une cuillère. Un énorme spot me fait face a 2,5 m du sol et éclaire de façon uniforme et violente la cellule. Elle ne me quittera plus.
Je m'allonge sur le petit matelas en plastique glissant, je prend la couverture sale, j'ai froid et je suis inquiet du déroulement. Impossible de dormir, pourtant je rentre de vacances, je venais juste de faire le trajet depuis le Mont St Michel. Je regarde, j'observe, je cogite. Des graffitis évoquent des noms, des insultes á la Police. Je me blottis de plus en plus, la couverture sent l'urine très fortement, le sol est sale, des cafards courent, je commence a me gratter.
Je ne sais pas depuis combien de temps je suis la, ni combien de temps je vais rester. Une garde a vue un vendredi soir, cela doit déjà durer maximum 24h avec une possibilité d'extension a 48h sans raisons spécifique (Merci Sarko).
Je réfléchi, j'ai des envies de liberté, je veux faire pleins de choses, mais j'entends juste des bruits, un voisin arrive, un jeune, qui n'est pas mieux traité que moi, dans la petite cellule. J'ai très envi de pisser. J'appelle, longtemps, « s'il vous plait » je reste poli et courtois, profil bas, c'est la Police, ils ont un ego assez fort, et en plus je suis dans la cage, je ne suis pas en position de force. Rien personne ne vient. Je ne tiens plus, j'urine donc dans l'assiette vide, et je la pose dans un coin, l'odeur de mon urine, n'est pas agréable, elle renforce les autres odeurs. J'ai envie de vomir, j'ai froid, j'étouffe. Alors je me mets a faire des exercices physiques, je fais des pompes, et des abdos, mais je n'ai pas d'eau. Le temps est comme figé, mon esprit est balancé contre les murs et rebondis, mon âme est enfermé.
Mon voisin veut aller aux toilettes, il demande pendant quelques temps, puis un gardien arrive, et lui dit qu'il manque quelque. chose Le jeune homme fier, dit « s'il vous plait » et sort pour les toilettes. On entends des bruits d'ivrogne qui sont en cellule de dégrisement pas très loin, ils chantent, hurlent, les gardiens leurs parlent avec calme. J'ai soif, je me gratte. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis la. J'essaie le Yoga, je me détends, essais de faire comme les moines bouddhistes, j'essaie de sortir de mon corps pour voler au dessus de la ville. Je ne sais pas combien de temps cela marche, mais je rêve que je vole, et je vois ma ville, ma maison, mes enfants, les gens que j'aime. Je vole au dessus des montagnes et je la vois, elle s'inquiète comme tant de gens.
Je ne sais pas ce qui me réveille, ni qu'elle heure il est. Je vomis un peu de riz dans un coin de la cellule, comme un chien qui a mange un rat pas frais. C'est de nouveau impossible de fermer l'oeil, la lumière est trop forte, le matelas trop dur, et les odeurs me dérangent. Je ne trouve pas de position, j'ai soudain envi de pleurer, je sanglote seul dans la nuit au fond de ma cellule, j'ai l'impression que le bruit est fort tellement cela résonne. Je suis si triste, et je leurs en veux de m'avoir envoyé ici, même si je sais que c'est un peu de ma faute. Je sais aussi que la mesure est disproportionnée.
2 gardiens sont devant ma cellule, ils ouvrent dans un bruit assourdissant, « Toilettes ? » je réponds « Avec plaisir », je suis en chaussettes dans le couloir vers des toilettes turques sans éclairage qui puent. Je demande l'heure « 4h30 » et ils referment le verrou sur ma porte. De longs moments de solitude, et de pensées, je divague et je n'arrive toujours pas a desserrer les mâchoires. J'ai mal a la tête et aux dents a force d'avoir les muscles de la mâchoire tendus, j'essaie de me détendre en glissant la langue entre mes dents.
Je pense exactement l'inverse des prairies vertes, des fleurs aux doux parfums fruitées, des sourires, de l'amour, des moments de fête, un coucher de soleil, un repas avec des amis, une promenade en foret, des caresses…… Mes enfants me manque, je les voient en rêve, je les embrasse, et ils disparaissent. Je ne sais pas quand je rêve ou quand je cauchemarde, ni ou est la réalité.
Mon voisin hurle et tape dans la porte pendant longtemps, les mecs bourres crient qu'ils veulent sortir car le jour ce lève. Moi je suis blotti dans un coin avec mes odeurs et mes puces, j'ai honte de moi, de ce que je suis devenu. Mes ongles sont noirs, ma tête me gratte, j'ai honte, je me sens un monstre, un criminel, j'ai envie d'hurler et de savoir pourquoi et comment. Mon crane va exploser.
La porte s'ouvre, « petit dej ? », me voici avec une mini briquette de jus d'orange périmé et 2 gâteaux secs Bretons, comme moi, ils se demandent ce qu'ils font ici. Le jus est infecte, mais je n'ai rien bu depuis 11 h. Onze heure déjà que je suis la. Soudain une jeune femme ouvre la cellule, et me demande de la suivre pour prendre les empreintes. Je mets mes chaussures qui m'attendaient devant la porte. Elle a un mouvement de dégoût quand l'odeur la touche. Je marche devant elle, dans les couloirs, jusqu'à une petite salle au sous sol, ou elle me demande de m'assoir sur un tabouret. Elle est très sympa et parle gentillement. Elle m'informe qu'il est 8h00. Elle me prends les empreintes de chaque doigts et de mes paumes, avec de l'encre noire sur un feuille de papier. Pas d'informatique comme dans les séries TV, ni de scanner, a l'ancienne. Puis les photos sont faites avec un appareil numérique, de face de profil et de ¾, avec un panneau sous moi ou sont noté mon nom et ma taille.
Mon ventre gargouille toute les 2 secondes, elle rigole, j'essaie de me détendre, sans le savoir c'est le seul moment agréable de ma garde a vue. Elle me dit que je ne suis pas obligé de faire une tête de tueur, alors je souris et me demande de ne pas trop sourire quand même, on refais une nouvelle photos. Je me lave les mains qui sont noires, elle me demande si je suis bien enseignant et me dit que « c'est ballot hein ? » je hausse les épaules, j'ai envie de pleurer, tellement la situation est ridicule. Puis elle me raccompagne dans ma suite royale.
9h40 l'officier viens me chercher pour 2h d'interrogatoire, au bout de 10 minutes il ouvre la fenêtre, je doit puer comme un chien. Il est sympathique mais sans trop, ce qui est dommage c'est qu'il a déjà beaucoup de convictions a on sujet. Il est surpris par mon age, croyait que j'étais plus jeune. On parle, j'arrive a savoir qu'il est passionné d'armes a feux. Je suis ce qu'il écrits sur l'écran d'ordinateur, et souvent je lui corrige des fautes d'orthographe « non adultaire cela s'écrit adultère », il sourit, et moi aussi mais pas pour la même raison. Les gens qui me connaisse savent que l'orthographe est mon talon d'Achille. Au bout de 2 h, je retourne dans ma cellule, il est 11h40. Cela fait maintenant presque 16h que je suis en garde a vue. Je n'en peux plus, j'ai des envies de liberté, j'ai soif, j'ai envie de pisser, alors je suis debout sur le banc en béton, je demande a sortir pour aller aux toilettes, je ne sais pas pendant combien de temps et je fini par uriner dans ma cellule. L'odeur est toujours forte, et malgré le temps qui passe je ne m'habitue pas. Encore des hauts le coeurs. Je recommence les pompes et autres exercices physiques, mais plus j'en fais plus mes poumons respirent l'odeur, et plus j'ai mal au coeur.
Mon voisin quitte la garde a vue, je demande a l'officier qui est dans le couloir des nouvelles. « Il est 12h20, votre femme vient de déposer contre vous, il va y avoir une perquisition chez vous pour trouver les preuves, faut arrêter de se foutre de notre gueule, l'officier en charge de votre dossier vous tiendra au courant ». Le ton est sec, dur et même menaçant, le gars est une véritable baraque, 2m et au moins 130 kilos. Je baisse les yeux et retourne m'assoir. Voici une longue période de silence, je n'entend plus rien. Alors je marche dans la cellule en évitant les saletés, je siffle tous les airs de musique que je connais, cela résonne c'est trop bien on dirait une petite chapelle. Je chantonne des trucs incroyable, et des fois je craque je sors un grosse conneries « tiens je sortirais bien moi pour faire un tour » « oh eh les poulets, c'est moi le gros poissons de la journée ? ». Quelque fois je suis pris de désespoir, je m'effondre en pleurs, je ne sais pas ce qu'il se passe, je me sens a bout, pas un bruit. Puis je rechante en me grattant, elles pourraient au moins chanter avec moi les puces.
Soudain mon officier ouvre la porte violemment, son visage a changé, et le ton de sa voix aussi. « Bon c'est fini les beaux discours, j'ai eu votre femme, vous êtes vraiment un salaud, faut pas me la faire a moi ». Il est agressif, je remets mes chaussures, il me parle avec haine et violence. « Pourquoi vous me parlez sur ce ton ? »
« c'est le ton qui convient a des gars comme vous »
« Mais !! »
Il se retourne violemment et me prend l'épaule fermement, j'ai très peur, et je baise les yeux (profil bas avec la volaille toujours) ne pas oublier que ce type est un passionné d'armes a feux, qu'il a dans son bureau des photos de lui en uniforme, des photos de lui en tenue de camouflage, ou quand il joue a la guerre, il y a même une photo du défilé du 14 juillet….
« mais quoi !! vous vous taisez, le juge a décidé de ne pas vous poursuivre, vous avez rendez vous avec votre femme pour une médiation dans le cadre de votre séparation, voilà signez ces documents, reprenez vos affaires et rentrez chez vous, et surtout arrêtez la provoc ».
Je le regarde dans les yeux,
« merci, je m'excuse, vous avez raison, bien monsieur » avec un air de ne pas y croire.
« Y'a pas de raison de s'excuser, au revoir monsieur ».
Je ne répond rien, il est 16h45 nous sommes le 30 aout 2008.
A 17h00 je suis dehors, il fait une chaleur incroyable.
Je viens de faire 21h de garde a vue, je sors avec un rendez vous chez le juge pour une médiation dans le cadre d'une séparation, et un rappel a la loi.
Qu'ai je bien pu faire pour mériter une telle humiliation?
J'avais des plants de cannabis dans mon jardin, et des mains courantes au commissariat concernant des violences conjugales. Ceux qui me connaissent savent que je suis un calme et un pacifiste. Pour les autres, c'est la grande mode dans une séparation de prendre ce genre d'argument.
Je suis un fumeur de joint violent, ma femme est une dépressive alcoolique victime.
A partir d'aujourd'hui je suis un autre homme.

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