Gemsa et Gédéon

Gemsa et Gédéon

Un titre de la chronique « Psychodynamique pour tous ».
Gemsa, un extra-terrestre ethnologue, est en visite sur la Terre, dans sa plus belle soucoupe antigravitationnelle rétro-tachyonique. à l’approche de l’atmosphère, il consulte son gravimètre interférométrique multi-canal, et constate avec grand étonnement qu’à Brie-Comte-Robert, comme d’ailleurs dans tout le nord-ouest de la Seine-et-Marne, G vaut 10, soit 100.000 fois plus que sur sa planète d’origine, la paisible et pacifique Pezkeudal II. Il se gare discrètement sur un terrain où une petite pancarte « Gens du voyage » a délicatement flatté son attention (car il a pris courageusement 3 minutes de cours de terrien avant son départ (l’année pezkeudalienne durant 92 137 jours terrestres)). Il doit écrire un rapport sur cette planète – fort accueillante se dit-il – à ses supérieurs. Ses deux seuls doigts sont longs et fins, mais pour comprendre les autochtones et tenter de ressentir leurs impressions, il décide d’utiliser leurs propres instruments, le surprenant… stylo-bille !
Il revêt alors son plus beau déguisement de terrien, assorti d’une perruque et de gants munis de 3 doigts supplémentaires en caoutchok, une matière pezkeudalienne couramment utilisée, qui se prend aussi en infusion pour les maux de gorges (les pezkeudaliens en ont trois). Gemsa se rend dans une papeterie et se fait conseiller le stylo-bille dernier cri, celui, vert fluo avec une tortue Ninja.
Il se sent un peu lourd sur cette planète, car chez lui, il pèse 30 kilos, et ici, 3000 tonnes. Mais comme les pezkeudaliens ne mangent ni ne dorment, et qu’il est plein d’entrain malgré cette petite lourdeur, il s’attaque bien vite au premier chapitre de son rapport, relatant son expédition chez le marchand de stylo-billes. Problème. Le stylo est lourd, lui aussi. Il pèse 40 grammes terriens, ce qui lui semble environ 4 tonnes. Alors… il le lâche souvent, de fatigue…et celui-ci tombe par terre. C’est très gênant car son rapport prend du retard, et il est payé à la nano-seconde. à chaque chute, il perd 4 secondes, soit 4 mille millions pezkeudaliens. Gemsa n’aime pas ça.
Le soir, fatigué après quelques lignes d’écriture où le stylo n’a cessé de s’écraser au sol sous son poids prodigieux, il branche son capteur hypersinus à modulation de phase sur les ondes herziennes de la télé et capte par hasard « Capitole », une plaisante émission de vulgarisation économique, où il est question à ce moment… de la géopolitique des échanges de stylos-billes. Fasciné, Gemsa tend son unique oreille, et voit alors défiler sous ses six yeux enthousiastes, de nombreux spécialistes terriens réputés, de grands professeurs d’économie, dévoilant toutes les subtilités de la stratégie des ventes internationales de stylos-billes. C’est une révélation pour Gemsa, qui se dit alors : « Ces experts terriens réputés m’expliqueront pourquoi mon stylo-bille ne cesse de chuter ».
Le lendemain, il revêt à nouveau son plus beau déguisement de terrien en caoutchok, et va consulter un économiste réputé, à qui il demande des explications détaillées sur le stylo-bille. L’économiste lui réclame cordialement 37 ¤ et le convoque dans une semaine, où il lui promet un rapport exhaustif sur cet objet très intéressant. Le jour du rendez-vous arrive, et Gemsa sort une nouvelle fois son insoupçonnable déguisement de terrien en caoutchok avec trois doigts intégrés. à son cabinet, l’économiste procède à un rapport circonstancié sur la loi du marché des biens de consommation, de la croissance des ventes de stylos et du pouvoir d’achat des clients de papeteries. Avec forces statistiques, tableaux de données, camemberts indexés et histogrammes douze couleurs, il explique à Gemsa qu’aucun des facteurs scrupuleusement examinés ne peut entraîner une quelconque chute du stylo-bille quand on le lâche des mains.
Gemsa est bien soulagé : « Ah quelle bonne chose que de consulter des spécialistes réputés ! » se dit-il tout joyeux. « Je sais maintenant que je ne dois pas m’inquiéter de la chute de mon stylo-bille, puisque l’un des plus grands économistes terriens m’a expliqué, avec moult statistiques, tableaux de données, camemberts indexés et histogrammes douze couleurs, que ce phénomène ne repose sur rien ». Il s’en retourne tout guilleret dans sa soucoupe volante, malgré ses 3000 tonnes qui ralentissent quelque peu ses mouvements, retire son déguisement et poursuit le premier chapitre de son rapport, y adjoignant sa visite chez l’économiste terrien réputé. Malheureusement, le stylo-bille, décidément redoutablement lourd, ne cesse de lui échapper des doigts, et persiste à s’écraser au sol fréquemment.
Gemsa sent son moral pezkeudalien diminuer, lui qui pourtant a toujours été gai et enjoué. Après plusieurs nouvelles déconvenues de cet ordre, il marmonne un peu tristement : « Les explications de cet économiste terrien réputé ne sont finalement guère satisfaisantes… qui m’expliquera donc la chute de mon stylo-bille ? ».
Pendant ce temps, Gédéon Hédébat a des hauts et des bas. Ce tout jeune homme de 40 ans (et alors ?!?) souffre depuis quelques semaines de problèmes digestifs. Au début il pense que ça passera tout seul, mais finalement, ça s’éternise. Il se plaint – modérément car c’est pas son genre – à ses copains et sa famille, qui se mettent alors généreusement à lui prodiguer moult conseils. Pour les uns, il faut surveiller l’alimentation, éviter les crudités, augmenter les céréales… pour les autres, faire une bonne cure d’Alcacelzèbre – et vos douleurs seront « rayées ». Certains enfin lui recommandent de prendre des vacances, puisqu’il supporte avec une difficulté grandissante que son patron lui pique sa carte de cantine pour aller déjeuner, ou de plaquer sa copine avec qui il fait régulièrement des concours de lancer d’assiettes en pleine poire, à tel point qu’ils ont résolu d’en acheter en carton, pour limiter les dégâts, et que c’était d’ailleurs la première fois depuis 14 mois qu’ils étaient d’accord sur une décision commune. Ceux-là le font bien rigoler… et il est vrai que pendant ce temps là, il a moins les boyaux en noeud de torchon, mais bon, pour être sérieux, il investit dans une boîte d’Alcacelzèbre. Mais voilà, une semaine plus tard, les troubles ne sont ni rayés ni enrayés.
Or, ça commence carrément à empiéter sur son autonomie motrice, ce que, dans le cas de problèmes digestifs, la bienséance m’interdit de décrire dans les détails. Il se décide alors à aller consulter un médecin.
Gédéon a une tension d’adolescent, le coeur va bien aussi. Il n’a pas d’antécédents familiaux. Le médecin lui prescrit Alcacelzèbre. Dans un élan de sincérité respectueuse, il se permet de dire qu’il sort d’une cure d’une semaine, qui ne lui a pas fait grand chose, sur quoi il demande poliment la permission d’utiliser les toilettes du cabinet dans les 15 secondes qui vont suivre. Après cette permission accordée avec beaucoup de compassion par le docteur, le médecin lui prescrit un antispasmodique, Çapassafond, mais aussi un examen approfondi, ce qui est le cas de le dire ici, puisqu’il s’agit d’une coloscopie, auprès d’un grand spécialiste gastro-entérologue. Il prend une journée sur son travail et se rend à la clinique, un peu anxieux.
Il a rendez-vous une semaine plus tard avec son gastro-entérologue, et pour ça il prend une journée de plus. Et là, le verdict tombe : « Monsieur – déclare le grand spécialiste visiblement ravi – j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer ! » – « Ah ! » soupire d’aise Gédéon encore tendu par l’attente. Sur quoi il demande de bien vouloir l’excuser car il doit se rendre aux toilettes dans les 14 secondes. à son retour, le spécialiste précise « L’examen dont vous avez bénéficié permet de dépister, avec 119% de fiabilité minimale pondérée, l’ulcère gastro-duodénal nécrosant, le mésothéliome supra-oesophagien, la colangite sclérosante évolutive et la colite pseudomembraneuse multipurulente. Cher monsieur, vous n’avez rien de tout ça, vous n’avez même absolument rien. Chaque repli de votre colon est celui d’un bébé, on jurerait que vous ne vous en êtes jamais servi, mais oui je vous en prie, les toilettes sont à gauche. Ah vous revoilà. En fait vous êtes en pleine forme, au top, au hit-parade. Pour tout dire, votre santé est si éblouissante qu’elle rendrait jaloux ! Oui bien sûr, allez-y, les toilettes sont au même endroit qu’il y a 5 minutes. Ah vous êtes de retour, cher monsieur, au revoir et bonne continuation dans cette forme excellente ».
Là dessus il rentre chez lui tout content d’être en pleine forme et se jette sur le trône sitôt la clef tournée dans la serrure.
Ses copains et sa famille attendaient le diagnostic, eux aussi. Au fur et à mesure qu’il les rencontre à nouveau, tout le monde se félicite d’apprendre qu’il est en si bonne santé, que son colon semble tout droit sorti d’usine et qu’il en reprend pour 70 ans, comme si de rien n’était. Il partage leur joie, quoi qu’il doive souvent interrompre leurs élans pour visiter la plus petite pièce de l’appartement de son pote ou de sa soeur. Comme au lieu de dire « Bonjour », la plupart de ses connaissances ont fini par adopter « Alors, ce colon ?? » il se laisse finalement aller, avec quelques-uns de ses confidents les plus proches, à susurrer « c’est pas vraiment génial en ce moment ». Et là, tout le monde est unanime « Allez, c’est dans la tête Gédéon, t’as rien du tout, l’examen l’a montré »… Là-dessus il répond sans conviction, et se précipite aux toilettes, en marmonnant « Les explications de ce grand spécialiste ne sont finalement guère satisfaisantes… qui m’expliquera donc ma maladie ? ».
Un beau jour, après avoir reçu quelques assiettes à la figure, Gédéon veut se changer les idées. Il y a non loin de chez lui un terrain vague, et il décide d’aller y marcher un peu. Mais le voilà soudain pris d’un irrésistible besoin naturel, comme il en a hélas trop l’habitude. Il se dirige alors rapidement vers les grands arbres au fond du terrain… où il peut en toute discrétion soulager ses intestins en pleine forme et son colon de jeune homme.
Tandis qu’il se rhabille, son regard est attiré par une curieuse lueur bleue. écartant quelques branches, il découvre alors un incroyable engin, on dirait une soucoupe volante. Trop fasciné pour avoir peur, il reste là, figé, et bientôt, un homme sort de la soucoupe.
« Bonjour cher Terrien ! » lance l’individu à Gédéon. « Je m’appelle Gemsa, comment allez-vous ? ». Gédéon se dit que ses soucis et sa maladie ont dû avoir raison de son équilibre psychique. Comme dans un rêve, il entreprend néanmoins de répondre à cet homme un peu bizarre mais somme toute avenant…
Gédéon : « Ah monsieur, ça ne va pas très fort, et vous ? »
Gemsa : « Ah monsieur, ça ne va pas très fort non plus. Mon stylo-bille ne cesse de chuter, et je perds la somme de 4 mille millions à chaque chute… »
Gédéon : « Cela est certes un peu fâcheux. Dans quelles circonstances votre stylo-bille chute-t-il donc ? »
Gemsa : « Et bien, quand je le lâche des mains »
Gédéon : « Je ne vois rien là que de très normal »
Gemsa : « Que nenni. Je suis allé consulter un grand spécialiste réputé qui m’a prouvé avec moult statistiques, tableaux de données, camemberts indexés et histogrammes douze couleurs, que ce phénomène ne repose sur rien »
Gédéon : « Votre spécialiste me semble plus réputé qu’informé ! Pardonnez-moi mais je dois m’absenter quelques secondes derrière cet arbre ». Et Gédéon va libérer son système digestif en parfaite santé.
Gemsa, à son retour : « Monsieur vous semblez bien méprisant, pour un terrien, vis-à-vis de vos grands professeurs d’économie ! »
Gédéon : « D’économie ?? Mais la chute de votre stylo-bille s’explique par la physique, pas par l’économie ! Et je suis un peu physicien… »
Gemsa : « Ah que me dites-vous là ? Je vous en prie, poursuivez ! »
Gédéon : « Cher monsieur, la chute de votre stylo-bille, comme celle de tout autre corps, est décrite par les lois mathématiques de la gravitation, le poids d’un objet étant égal à sa masse multipliée par un facteur G rendant compte de l’attraction locale »
Gemsa : « Ah quelle merveilleuse chose que voilà ! J’apprend enfin pourquoi mon stylo-bille tombe !! Je m’étais juste trompé de spécialiste… Comment vous remercier d’un si grand soulagement ? »
Gédéon : « Hélas, je dois vous quitter à nouveau pour cet arbre. Je suis de retour de suite… »
Gemsa, au retour de Gédéon : « Sans indiscrétion cher monsieur, serait-ce là votre problème ? »
Gédéon : « Que nenni cher Gemsa. Je suis allé consulter un grand spécialiste réputé qui m’a prouvé que je ne souffrais ni d’ulcère gastro-duodénal nécrosant, ni de mésothéliome supra-oesophagien, ni de colangite sclérosante évolutive, ni même de colite pseudomembraneuse multipurulente. Qu’en conséquence de quoi j’étais en pleine forme »
Gemsa : « Je ne vois guère que vous soyez en pleine forme, à vos disparitions derrière les arbres… »
Gédéon : « Monsieur vous semblez bien méprisant vis-à-vis des grands professeurs de gastro-entérologie ! »
Gemsa : « De gastro-entérologie ?? Mais vos troubles ne peuvent s’expliquer par la gastro-entérologie, puisque votre intestin est intact ! »
Gédéon : « Hum, quelle impertinence ! Soit. Mais alors me direz-vous comment ils s’expliquent ? »
Gemsa : « Vous avez de la chance Gédéon : j’ai suivi les cours de l’Académie Pezkeudalienne de Psychologie Terrienne, pendant 32 minutes pezkeudaliennes, qui correspondent à 45 ans, 7 mois et 28 jours terriens. Malheureusement, je crains que mes réponses ne soient datées, car nos archives s’arrêtent à la psychologie terrienne des années 30, qui a dû faire de grands progrès depuis ces dates… »
Gédéon : « Je n’en doute pas, mais poursuivez néanmoins, car vos explications des années 30 auront au moins le mérite d’exister… ce que j’attends toujours de celles des années 2000… »
Gemsa : « à cette époque, la psychologie étudiait la volonté et la croyance. Depuis peu, elle s’intéressait aux maladies mentales, non pas en elles-mêmes, comme la médecine, mais pour percer les règles du psychisme normal. En se spécialisant dans ces maladies, certains psychologues fondèrent la psychiatrie, mais d’autres restèrent sur le terrain psychologique, appliquant leurs études de cas à l’homme sain. Ah je me réjouis de ce que ces études ont dû apporter comme résultats fantastiques, 70 ans plus tard !»
Gédéon : « C’est bien étonnant. Je n’ai guère entendu parler de volonté et de croyance, ni en psychiatrie, ni en psychologie. Poursuivez… »
Gemsa : « L’étude des formes de la volonté et de la croyance a donné lieu à des modèles psychiques puissants, des « psychodynamiques » dont la plus célèbre était, et doit toujours être, celle de Pierre Janet, le plus grand psychologue mondial de cette période, qui ne doit pas manquer de trouver de nombreuses applications dans votre monde contemporain ».
Gédéon : « C’est assez étrange. Personne ne m’a jamais mentionné le plus grand psychologue mondial de cette période, ce Pierre Janet que vous citez… Mais encore ? »
Gemsa : « Pierre Janet et ses contemporains ont décrit le psychisme comme un équilibre entre la « force » et la « tension », permettant d’activer des « tendances », c’est-à-dire ce que vous êtes portés à faire ou à éviter : manger, dormir, travailler… L’activation des tendances met en jeu des conduites et les sentiments qui les accompagnent. Ah quelles bonnes applications on a dû en faire depuis ! »
Gédéon : « Je suis surpris, tout ce que vous dites me semble bien étranger à la psychologie, et même à la psychiatrie… Et en quoi cela me concerne-t-il, moi Gédéon Hédébat ? »
Gemsa : « Une pathologie décrite par Pierre Janet, est la Psychasténie, qui correspond à une chute de tension, et je vois que cela décrit bien votre état comme on a dû vous le dire rapidement »
Gédéon : « Ah, cher Gemsa, vous m’intriguez ! Aucun spécialiste ne m’a parlé de psychasténie, et je ne crois pas que cette maladie soit seulement connue actuellement ! »
Gemsa : « Allons Gédéon, vous péchez par ignorance. La connaissance progresse et se diversifie : la psychodynamique doit être fleurissante, depuis 70 ans ! La psychasténie s’accompagne de la dissociation d’une idée, du reste du moi. Cette idée vous obsède, elle devient une « idée fixe », selon l’auteur »
Gédéon : « Puisque vous invitez mes confidences, il est plausible que si je pensais moins aux assiettes en carton et à ma carte de cantine, j’aurais l’esprit plus reposé… Mais je ne vois guère le rapport de votre psychodynamique avec mon colon »
Gemsa : « Mon cher Gédéon, malgré tout le respect que je vous dois, votre réserve de tension psychologique n’est pas inépuisable. En face d’une chute, vous avez deux possibilités : soit vous devenez fou (mais restez en bonne santé), soit vous tombez malade (mais gardez toute votre tête). Pierre Janet a ainsi montré que la folie ou la maladie étaient les meilleures solutions d’adaptation, économiquement parlant, à une chute de tension psychologique »
Gédéon : « Ah mon cher Gemsa, j’aime ça ! Puisque les assiettes en carton et la carte de cantine épuisent ma tension psychologique, j’économise sur celle de mon colon, qui se met alors à me tracasser sans lésions organiques… je vous suis, et cette explication me paraît convaincante ! »
Gemsa : « Mais oui, et ces résultats préliminaires montrent bien la puissance de la psychodynamique des années 30. Il ne vous reste plus qu’à aller consulter un psychologue, qui vous aidera, par psychothérapie, à mieux cerner vos croyances, c’est-à-dire ce qui est important pour vous, aidera votre volonté à s’y ajuster, c’est-à-dire à faire les choix qui s’imposent, et vous suggérera des conduites de rétablissement, c’est-à-dire des actions qui feront sens pour vous »
Gédéon : « Hélas cher Gemsa, maintenant que j’ai compris vos brillantes explications, je dois vous dire que cette psychologie n’existe plus, à l’université, depuis les années 30. La volonté et la croyance sont délaissées. Le terme de « conduite » est passé de mode, remplacé par « comportement », dont le réductionnisme avait été montré dès cette époque. « Tendance » a été assimilée, non moins faussement, à « instinct », et ce qui n’est pas organique est méprisé de la médecine. Toute psychothérapie a été éradiquée de la psychiatrie et de la psychologie publiques. Pour en bénéficier, il faut s’adresser à des communautés libres de tout contrôle intellectuel, déontologique… et tarifaire !!! Analyse Psycho-Organique, Ennéagramme, Rebirth, Psychanalyse, Bio-énergie, Cri Primal, et 700 autres confréries véhiculent toutes des conceptions distinctes du psychisme, et vendent des thérapies très lucratives, aux particuliers comme aux multinationales. Je ne pourrai pas changer de spécialiste, et en trouver un qui m’explique ma maladie, comme vous aviez pu le faire pour votre stylo-bille, car ils n’existent plus. Je suis au regret de vous dire que votre Pierre Janet, médecin et psychologue, doit se retourner dans sa tombe et tous ses collègues avec ».
Gemsa sentit soudain, pour la première fois de sa vie, une violente douleur intestinale, et courut derrière un arbre.

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