Petite clinique janetienne 2

Petite clinique janetienne 2

Cette série a pour but de donner une petite idée, très imparfaite, de ce que revêt l'activité suivante, jadis pratiquée dans la recherche internationale : présenter des personnalités remarquables, leur interprétation psychologique, et éventuellement un traitement si elles souffrent. La discipline de la recherche y étant consacrée était la Psychologie Dynamique, pratiquée en Europe et aux Etats-unis d'environ 1870 à 1930, disparue depuis de l'Université et autres organismes de recherche.

Deux petits dîners consécutifs entre amis. Avec 2 potes de fac d'il y a 20 ans, et la copine récente (6 mois), qu'on appellera A, de l'un de mes deux acolytes, FH.
Premier soir, la seule forme de communication que A présente vis-à-vis de FH, en public, c'est l'attaque de critique. Tandis qu'on parle de choses et d'autres, elle reprend chacune de ses phrases en lui faisant une critique, non pas sur le thème de la conversation, mais sur lui-même, sur sa façon d'être.
Elle lui reproche… De ne jamais se faire plaisir, de ne pas savoir s'amuser, de mal s'habiller, d'habiter dans un bouge, d'être « un vieux » dans sa tête, de ne pas aimer les voyages, de ne jamais lui faire de compliments, de ne pas l'inviter chez elle (mais elle veut pas y aller si c pas confortable), d'avoir des parents nuls, d'être en retard aux rendez-vous, de ne pas avoir de voiture, d'avoir des projets aberrants pour un homme de 40 ans (« finir sa licence à 50 balais, ben oui, 41, 42, 43…. »), de ne jamais rien dire en société (en l'attaquant dès qu'il l'ouvre).
Elle nous prend à témoin (« je le dis devant tes amis »), elle lui reproche même des trucs qu'il n'a pas encore faits (« toi s'il t'arrivait ça, tu… »), elle lui dit qu'il peut aller voir ailleurs et qu'elle aussi (en plaisantant, toutefois), elle parle de lui comme s'il avait d'autres copines, en s'en montrant indifférente, elle insinue de même qu'elle pourrait avoir d'autres copains, elle le menace constamment de ne plus le recevoir chez elle (« tu crois que tout est acquis dans la vie ? »).
Bref c'est la pire mégère que j'ai jamais vue de ma vie. C'est une caricature si grossière que même au cinéma on trouverait que le scénariste a forcé le trait. Quoique ça mette quelque peu sous pression – je ne dînerais pas dans ces conditions tous les soirs – c'est tout à fait fascinant, de temps en temps.
Deuxième soir. La litanie reprend de plus belle, plus gravement même probablement parce qu'elle se « retient » moins, nous connaissant mieux moi et mon pote. Cette fois, il se produit finalement un clash.
Après avoir harcelé FH pendant tout le dîner, les critiques de A, vers la fin du repas, dérivent carrément sur le sexe. Même sur ce plan il est nul, il ne sait pas s'y prendre et n'a pas envie d'elle. Alors là, avec un minimum de diplomatie, FH lui fait comprendre que même quand il est « fatigué », il se pourrait bien qu'une femme qui « sache y faire » parvienne à ses fins, lui envoyant dans les dents que c'est elle qui le refroidit. Là, c'est trop, elle se lève « bon, je m'en vais ». En fait elle n'est pas partie loin, et refera son apparition 5 minutes plus tard en marmonnant encore des reproches. Mais quand elle revient s'asseoir avec nous, elle fonds en larmes. On est tous là à la consoler, y compris FH. Elle se calme.
J'aurais eu tendance à penser que c'est l'attaque intime à sa féminité qui l'avait trop blessée. Mais FH nous a dit que ça lui arrivait souvent, et qu'il en avait assez de lui « courir après » ! Ce clash apporte donc 2 infos importantes : d'une part, ça lui arrive fréquemment et à tout propos, d'autre part, n'ayant pas pu nous quitter comme annoncé, et ayant été émue jusqu'aux larmes, il semble que contre toute attente, A. aime bel et bien son FH.
INTERPRéTATIONS
1 – Ces attaques interminables peuvent être comprises sans interprétation. On pourrait se dire, en agissant ainsi, elle cherche réellement, comme elle le dit, à faire changer FH, et attend (désespérément) qu'il lui réponde un jour « pour te plaire j'achèterai le pull que tu m'as montré », ou « pour te plaire nous allons voyager », ou « pour te plaire je passerai mon permis voiture ».
Toutefois, étant donné qu'elle critique la panoplie intégrale de tous ses traits de caractère sans exception aucune, il est douteux que ces petites réponses de détail, aussi innombrables pourraient-elles être, la satisfassent jamais. J'imagine que s'il achetait une nouvelle garde robe, s'il commandait 4 voyages par an, s'il aménageait douillettement son intérieur et bien sûr s'il faisait exploser la literie tous les soirs, j'imagine qu'elle aurait encore dans son sac au moins 45 millions d'autres critiques en attente de solution.
Donc cette explication n'étant à mon avis pas suffisante, il faut entrer dans les interprétations, c'est à dire dans la psychologie dynamique.
2 – Une première interprétation est courante, elle provient de différentes vulgates de courants privés. Elle consiste à statuer que le témoignage de la personne n'est qu'un ramassis d'erreurs grossières qu'elle commet à propos d'elle-même. La première étape est donc de remplacer toutes ses paroles, ses sentiments et ses volontés, par d'autres, qu'elle n'a jamais exprimés. Quand elle dit « tu t'habilles mal », elle ne le pense pas du tout, c'est un appel symbolique, qui cache tout autre chose. Soit elle refoule son homosexualité, soit elle souffre que son père idéalisé n'ait pas voulu l'épouser, soit elle réprime le traumatisme de sa propre naissance, soit elle canalise mal son kharma, soit elle manque d'orgone, etc…..
Si on l'interroge, elle va répondre que pas du tout, elle trouve moche ce qu'il met, un point c'est tout, comme elle le dit. Peu importe, la vulgate est là, intraitable : elle se leurre elle-même sur ses propres idées, car elle n'est que le pantin de forces inconscientes ou cosmiques qui l'agitent à son insu.
A partir du moment où la première étape de l'interprétation consiste à remplacer toutes les paroles du sujet par d'autres propos qu'il n'a jamais exprimés et, pire, renie souvent avec énergie, toutes les élucubrations deviennent plausibles. Quand il est question, en outre, de proposer une thérapie, on effectue alors un traitement s'attaquant à des sentiments que le sujet n'a jamais vécus, à des idées qu'il n'a jamais eues, à des volontés qu'il n'a jamais manifestées. Entre temps, l'explication psychologique de la personnalité du sujet s'est évanouie dans les limbes, tout comme le diagnostic clinique, qui tous deux ne pouvaient reposer, eux, que sur une parfaite fidélité aux sentiments, idées et volontés dûment exprimés par le patient.
3 – Heureusement la psychologie dynamique n'a pas été pratiquée que par des communautés privées, elle a aussi été faite à l'Université et dans la recherche, où, au passage, elle a furtivement produit quelques savoirs validés par la critique mondiale, bien vite oubliés ensuite, et totalement inconnus du public aujourd'hui.
La psychodynamique de recherche partage avec certaines psychodynamiques privées le postulat que ce que le patient exprime est un symptôme d'un malaise général de toute sa personnalité, qu'il convient de déterminer ce malaise et le traiter globalement, et pas seulement ses symptômes. N'importe quelle psychodynamique ésotérique est, à ce niveau, aussi perspicace que la défunte psychodynamique de recherche, et bien supérieure aux thérapies modernes, médicamenteuses ou comportementales, qui ne s'attaquent qu'aux symptômes de surface.
Toutefois, alors que les psychodynamiques privées renient le témoignage du patient comme un vulgaire tissus d'erreurs et de métaphores symboliques, la psychodynamique de recherche s'attache à un parfait respect de ce qu'il exprime et montre à travers toute sa conduite.
Elle dit qu'elle n'aime pas la façon dont il s'habille. Elle n'aime pas, et c'est vrai. Elle peut en dire des pages, elle n'aime pas chaque détail, la forme, la couleur, le style, tout. Elle n'aime pas et on note.
Elle dit qu'elle n'aime pas ses horaires, l'heure à laquelle il se lève, celle à laquelle il se couche, sa durée de sommeil, c'est vrai. D'ailleurs, elle n'a pas les mêmes rythmes. Elle n'aime pas et on note.
Elle dit qu'elle déplore son désintérêt des voyages. Elle voudrait voyager avec lui. C'est vrai, elle imagine déjà des tas de voyages, des destinations, des paysages, des séjours. Elle déplore et on note.
En psychologie dynamique de recherche, on fait ainsi une longue liste de ce que le sujet exprime sincèrement. Dans ce cas, elle n'aime pas, c'est clair et net, il n'y a rien qu'elle aime. Elle ne parvient jamais à se réjouir d'une quelconque caractéristique de son copain.
En même temps, la psychologie dynamique consiste à élaborer une liste des sentiments du sujet à propos de lui-même et des autres personnes. Elle ne parle pas beaucoup d'elle, mais à bien écouter ce qu'elle dit, il semblerait qu'elle déplore aussi pas mal de choses en elle-même.
Elle déplore son poids (elle a un peu d'embonpoint) et, pendant nos dîners, sa propre façon de manger : elle reproche à son copain de mal s'habiller, mais il semble qu'elle aussi, aurait envie de s'habiller mieux elle-même, si elle se trouvait « plus belle », car ses petits efforts actuels sont visiblement timides.
Elle reproche à son copain de ne pas avoir de voiture, mais elle traite la sienne de « poubelle qui roule tout juste ». Elle déplore donc de ne pas en avoir une plus belle.
Elle lui reproche de ne pas être « en forme » à 8 heures du matin, mais elle dit elle-même qu'elle n'est pas en forme le soir à 23 heures, et ça ressemble aussi à un regret symétrique.
Et pour les voyages, qu'elle reproche tant à son copain de ne pas aimer, il ressort de ses quelques récits qu'elle-même n'a jamais voyagé seule, mais avec une copine, et rarement. Il semble donc qu'elle n'ait pas tout à fait la volonté de réaliser ce rêve d'elle-même, ce qu'elle reproche symétriquement à son copain.
Bref, si je la connaissais un petit peu mieux, il y aurait bien apparence que tout ce qu'elle reproche à son copain, en fait elle se le reproche plus ou moins aussi à elle-même. Résultat : il se pourrait que les reproches qu'elle assène continuellement à son copain s'inscrivent dans le cadre plus large de tout ce qui ne la satisfait pas chez elle-même et dans les autres.
Toujours en même temps, la psychologie dynamique consiste à élaborer une troisième liste, celle des conduites du sujet, de ses actions réelles, ce qu'il fait ou ne fait pas, dans sa vie quotidienne et à tout propos. Là c'est très difficile, il faudrait que je connaisse mieux sa vie. Je ne dispose que de 3 observations. Mais il se trouve qu'elles sont frappantes, heureusement.
1) Les reproches sur la sexualité. Selon moi, il n'est pas douteux que FH ait raison : si elle y mettait un peu du sien, elle pourrait certainement être « moteur », et palier au moins parfois aux « fatigues » de son homme. J'en conclue qu'elle n'est pas très active et pratique surtout l'attente que l'autre fasse tout.
2) Cette histoire de voyages. Elle ne voyage pas seule, et même avec une copine, ça semble rare. Entre les tonnes de reproches qu'elle adresse à FH sur son désintérêt des voyages, elle n'est pas capable elle-même d'en raconter 2 ou 3 qu'elle a faits. En fait, c'est simple, elle n'a jamais voyagé ! Là non plus, elle n'est pas « moteur » et attend qu'on la pousse.
3) à propos de moteur, car la conduite et les actions, c'est pile ça, elle a justement dit une phrase très importante : « je ne pourrai pas être constamment le moteur ». Elle attend que FH agisse à sa place, prenne les décisions et fasse les actions, de sorte qu'elle n'ait qu'à suivre.
Avec ces trois listes, il est possible de proposer une interprétation psychologique qui respecte les idées, sentiments et actions du sujet analysé.
A. a une faiblesse de l'action. Elle ne fait pas elle-même ce qu'elle reproche à FH de ne pas faire. Elle voit l'action de FH insuffisante, et sa propre action aussi (« je ne pourrai pas être constamment le moteur »). Car en effet, il n'est pas impossible d'être moteur des actions d'un couple. Il est ordinaire que l'un des partenaires prenne en charge certaines actions où il entraîne l'autre, et réciproquement. Il y a même des couples où c'est toujours le même qui prend en charge les décisions et actions, et l'autre est toujours suiveur.
Mais « être moteur » dans un couple réclame de la Force, de l'énergie. La psychodynamique de recherche explique que prendre une décision (type voyage par exemple) est difficile. Dès que vous êtes un peu fatigué, vous ne pensez plus à organiser toutes les tracasseries d'un voyage, vous vous mettez plutôt à voyager en rêve, c'est plus facile et toujours mieux réussi…. Ou tout aussi facile, attendre que votre partenaire prenne en charge cette activité et vous la propose toute cuite sur un plateau.
Mais prendre la décision pour une deuxième personne en plus de soi-même est encore plus difficile. En plus de préparer votre voyage, il faudra préparer celui de la deuxième personne, et la convaincre. En plus de penser à votre plaisir, il faudra agir pour celui de votre partenaire, agir, agir, toujours agir !
Où trouver une telle énergie ? Dans l'enthousiasme, la gaieté, la joie. Si vous êtes enthousiaste, débordant d'énergie à l'idée de ce voyage, même les préparatifs vous seront légers, et les arguments viendront tous seuls en face de votre partenaire à « bouger ». Dans les activités intimes, si vous êtes enthousiaste et actif(ve), les bons moments à deux arrivent aussi.
L'enthousiasme et la joie ont été déterminés, par la psychologie de recherche, comme les sentiments les plus difficiles à ressentir. La plupart d'entre nous passe beaucoup plus de temps à se plaindre qu'à se réjouir. à la moindre fatigue, vous cessez d'abord d'être gai. Ensuite, vous diminuez graduellement vos actions, jusqu'à vous coucher et dormir. Ça arrive tous les soirs aux gens les plus énergiques…. Mais c'est le mode d'être normal et quotidien des gens intrinsèquement ou temporairement fatigués.
Le diagnostic est donc là : A. est une « fatiguée » continuelle. Elle n'a pas la force d'agir toute seule, encore moins celle d'agir pour deux. Elle n'aime rien chez son copain, pas grand chose chez elle-même : elle n'a pas la force d'être gaie. Pourtant elle aime son copain, mais voilà, elle n'a pas la force de vivre cet amour dans la joie, elle voit tout en noir. Elle n'a accès qu'aux plaintes, car celles-ci réclament bien moins de force que la joie et l'action dans la réalité.
Cette psychologie respectueuse du témoignage avait également développé un versant appliqué : la thérapie. A. est-elle « malade » ?? Non car elle vit une vie autonome, sociale, professionnelle. Mais oui en un sens car
– elle se fait du mal à elle-même en mortifiant continuellement son copain, qu'elle aime pourtant, ce dont il se plaint amèrement et qui met leur couple en péril à brève échéance
– elle met tout le monde mal à l'aise en étalant en public ces innombrables griefs
– elle déserte la plupart des dîners entre amis en pleurs, ce qui n'est ni courant ni souhaitable.
Ne serait-ce que pour ces trois dysfonctionnements, il est déjà légitime de poser une hypothèse de traitement, mais d'après les résultats de la recherche en psychologie dynamique, n'oublions pas qu'il est plus que probable qu'en fait, sans que je le sache faute de la connaître, A. présente plusieurs autres symptômes en plus de sa conduite déréglée avec FH, par exemple dans son travail, avec ses amis, et qu'elle se sente elle-même globalement diminuée (seul l'examen clinique rigoureux pourrait le confirmer).
Le diagnostic est qu'elle est fatiguée. Deux questions se posent donc : 1) par quoi ?; 2) comment y remédier ? Toutes ces questions ont été bien défrichées il y a 100 ans, et leurs bonnes solutions oubliées juste après, comme la psychologie qui les soutenait. Ainsi qu'il a été établi dans les années 1890, la fatigue continuelle peut avoir 2 causes.
A – UNE MALADIE PHYSIOLOGIQUE
Tout dysfonctionnement organique ou psychologique doit faire l'objet d'une consultation auprès d'un médecin, qui prescrira des analyses biochimiques. En effet, les maladies organiques fatiguent : un malade est, psychologiquement, un homme sain fatigué. Mais dans 98% des cas, il n'y a pas d'étiologie organique, on est dans un trouble que les médecins appellent « fonctionnel ». Ils ne peuvent employer le terme « psychologique » n'ayant pas été formés à la psychologie, qui de toute façon n'existe plus, dans la recherche et l'enseignement, sous sa spécialité dynamique (celle des actions, des sentiments et des volontés). Des médicaments seront prescrits, qui dans le meilleur des cas auront un effet bénéfique par l'effet « confidence-confiance », fort improprement qualifié de « placebo ». Hélas dans un grand nombre de pathologies « fonctionnelles », ils n'auront aucun effet. Donc si A. n'a pas de pathologie organique connue, et qu'elle n'a pas la chance d'être « placebo-sensible », elle continuera de maudire FH en public, et de quitter les réunions en pleurs.
En revanche, si sa fatigue est due à l'épuisement que lui produit une maladie connue, alors elle aura les traitements chimiques normés. De la sorte, il est tout à fait plausible que son moral remonte. Ça va se traduire par un caractère de plus en plus conciliant, de moins en moins de critiques envers FH, et finalement, si son fonds de caractère le permet, par de la joie en sa présence.
B – UN TRAUMATISME NON TRAITé
C'est le seul domaine de la recherche actuelle qui utilise les résultats psycho-pathologiques des années 1900. Vous voulez devenir le plus grand psychiatre des années 2000 ?? Très simple, lisez P. Janet (1889 -1909 suffiront) et publiez vos commentaires. Après 70 ans d'oubli, les résultats de cette époque constituent, dans le domaine du Trauma, les hypothèses les plus avancées de la recherche de pointe !
Les psychologues cliniciens et les psychiatres sont habilités à faire passer des tests de dépistage de maladies psychiatriques. Parmi ceux-ci, les troubles dissociatifs sont les mieux connus, ils ont été identifiés par P. Janet en 1889. Malheureusement, pour l'instant, ils ne sont reconnus qu'aux Etats-Unis, sauf par quelques équipes de recherche isolées en Europe. Les troubles dissociatifs sont très souvent dus à des traumatismes anciens non traités, et donnent tous des symptômes de fatigue et d'incapacité à l'action, comme ceux de A. Mais d'autres psycho-pathologies produisent aussi la même fatigue. Les tests (aux USA et dans quelques pays d'Europe, mais pas la France) vont donc donner un résultat relativement fiable sur l'origine de sa fatigue, si celle-ci est d'étiologie psychologique : soit elle est dissociative, soit pas.
Si elle est dissociative, elle a de la chance ! C'est la classe de maladies psychologiques les plus graves et en même temps les mieux traitées actuellement (aux USA). En deux mots, comme l'a expliqué P. Janet en 1889 : spectaculaires, caractérisés par des « flash-backs » intempestifs, des amnésies, des insensibilités, des pertes de contrôle conscient, des crises de dédoublement, les troubles dissociatifs, récemment reconnus par le Manuel International de Psychiatrie 95 ans après P. Janet, sont presque toujours dus à un souvenir traumatisant, oublié du sujet. La thérapie consiste à identifier ce souvenir sous état de conscience altéré (dissociation), le transformer de sorte qu'il devienne moins terrifiant, à l'intégrer petit à petit dans la conscience normale, et à remonter les forces du malade.
Si A. n'est pas dissociative, elle est moins malade, mais c'est plus grave ! C'est qu'elle a vécu un traumatisme dont elle a aujourd'hui souvenir et conscience (quoique moi, je l'ignore). Ce souvenir la torture par obsessions, phobies, ruminations, doutes, lui prenant toutes ses forces, l'épuisant, l'empêchant d'accéder jamais à l'état de sérénité, encore plus à celui de gaieté, et encore plus à celui d'action. Les malades conscients de leur traumatisme sont les plus difficiles à soigner, actuellement, dans le système de santé public occidental. En effet, la thérapie qu'il leur faudrait n'est pas encore exhumée des années 1900 par la recherche actuelle. Depuis cette époque, on ne la trouve que dans les livres d'histoire… Les fatigués non dissociatifs sont envoyés chez les médecins où ils reçoivent des drogues contre leurs symptômes les plus criants, ou dans le privé, où ils devront affronter l'une des communautés d'un marché aussi lucratif que louche. Par les temps qui courent, mieux vaut être complètement fou que déprimé.
C – UNE MALADIE PSYCHOLOGIQUE SANS TRAUMATISME à L'ORIGINE
La pathologie la moins grave de toutes est la plus difficile à traiter. En général, ces patients ne sont pas dissociatifs, mais ça peut arriver exceptionnellement. Ceux-là ont relativement de la chance, car le traitement existe partiellement (sauf en France). Les déprimés non dissociatifs sans souvenir traumatisant sont pratiquement impossible à soigner. Pour Pierre Janet, la plupart ont été déprimés constamment depuis leur enfance, comme le permet souvent de le reconstituer le témoignage de leur famille. Leur état s'aggrave sur des décennies. Quand ils viennent consulter, la meilleure thérapie ne peut être que palliative, puisqu'il n'y aucune cause connue à laquelle s'attaquer. à l'époque de la psychothérapie institutionnelle par application des savoirs de psychologie de recherche, vers 1900, on n'y arrivait que difficilement. à notre époque où ni cette psychologie ni la psychothérapie n'existent plus hors des communautés privées, le fatigué constitutif n'a pratiquement aucune chance à long terme. Si A entre dans cette catégorie de malades, on la soulagera temporairement des quelques symptômes les plus handicapants, par drogues ou par psychothérapie libre, puis elle devra revenir se faire « remonter » tous les 15 jours ou tous les mois, sans quoi elle retombera.
CONCLUSION
En respectant les propos du sujet et en observant ses conduites, bref en tentant de perpétuer la psychologie des années 1900, on a établi que A était victime d'une fatigue persistante. La psychologie pour décrire sa personnalité est éteinte de la recherche actuellement. Il faut donc se référer aux résultats des années 1880 – 1930, qui en donnent d'amples explications psychologiques.
Pour le traitement, la psychologie appliquée de la même époque statuait qu'il y a 3 fatigues. La première est physiologique, dans le doute, elle doit consulter un médecin généraliste. Les 2 autres sont psychologiques, et ne seront diagnostiquées avec efficacité que hors de France, pourtant le pays de leur découvreur. Si elle est dissociative, elle pourra tant bien que mal se faire aider aux USA, en Angleterre, en Allemagne ou en Hollande. Si elle ne l'est pas, elle sera mise soit sous psychotropes soit sous thérapies privées ésotériques. Dans ces deux cas, elle sera dépendante de la continuité de la thérapie, car la cause restera inchangée.
Notons pour terminer, que 99.99% des fous sont en liberté ! D'autant qu'à notre époque – dans les discipline d'état – soit on les drogue sans les soigner soit on nie carrément leur problème. Ils représentent à mon avis au moins 10% de la population totale, et probablement 2 à 3 fois plus. Ce sont des gens toujours remarquables, soit en bon, soit en surprenant, soit en mauvais (le cas A). Ils n'ont qu'un seul point commun : ils souffrent. Quand nous les fréquentons superficiellement, nous ne nous rendons pas toujours compte de leur calvaire intérieur. Ils sont cyniques, méchants ou coléreux et on juge que c'est leur façon d'être. On les juge tout court, d'ailleurs. Mais il y a 100 ans, il existait une discipline de la recherche, la psychologie dynamique, et sa pratique appliquée, la psychopathologie, qui étaient consacrées à les comprendre avec empathie, et à soulager leurs souffrances.

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