Dimanche matin j’ai tombé

Dimanche matin j’ai tombé

Dimanche matin à la fraîche comme on dit, nous voilà partis tels de preux chevaliers chevauchant nos montures dans les couleurs chatoyante de cet automne ensoleillé.
La bonne humeur et la joie sont nos compagnons ainsi que notre soif de jeux.
Une session de pure beauté, des rayons de soleil entre les sapins, des paysages endormis, des odeurs agréables, des amis heureux…… bref un moment de poésie moderne.
Chacun tente des passages acrobatiques, les pauses et discussions sont agréables, ainsi que les petits tirages de bourre. Nous sommes invincibles, et passionnés.
C’est en tout cas ce que je ressens, une ivresse splendide m’envahit, je tente des sauts qui me grisent, mais la limite physique est bien là…… hélas.
Première chute sur la descente vertigineuse, je me bloque la jambe entre le cadre et la Lefty, première douleur, mais l’ambiance est formidable, je surmonte. Nous nous prenons au jeu du pourrissage, petit jeu rituel qui est si motivant. Je suis stupéfait des progrès de notre poulain DOM, qui après seulement quelques mois de pratique Free-ride est à notre niveau modeste.
Peter Pan la menace, se paye le luxe d’une première chute, sans gravité, et nous courrons tous pour nous partager les restes de sa dépouille encore chaude…… Mais il bouge encore le bougre, et remonte sur son pur sang pour encore nous étonner. Ce Peter Pan a tant appris avec nous, qu’il a aussi appris à surmonter la douleur et l’appréhension.
Arrive la Tof, fameuse marche ou j’ai écrit mes heures de gloire éphémères, une réception hasardeuse aurait dû me mettre la puce à l’oreille…… « Chris aujourd’hui c’est un jour sans, alors ne pousse pas ton ange gardien »……
Malgré tout la prudence s’endort, et je me laisse griser par cette sensation de vitesse et de maîtrise si agréable.
Mais à quoi sert la maîtrise… si ce n’est qu’une sensation. Après tout je ne suis qu’un free-rider du dimanche, qui manque cruellement d’entraînement.
Dans une longue descente sur une route forestière du TMF, nous voilà groupés pour ce qui doit être juste une petite transition simple et agréable.
Voilà que le virus de l’insouciance me reprend, et que je joue le kakou au milieu du groupe, hélas je ne connais plus la peur. En effet l’ayant rencontrée une fois, il y a bien longtemps, je me suis empressé de l’oublier. Je prends de la vitesse, et je dépasse tel un Jean Alesi les concurrents de cette descente aux enfers. Il reste Peter Pan sur mon chemin, il se place à gauche du sentier, et moi j’arrive à droite à pleine bourre. Notre vitesse se situe entre 30 et 40 km/h, pas plus, mais le sentier est humide, rempli de gravillons, de plus des ornières viennent compliquer nos trajectoires.
Voilà je suis à sa hauteur, et soudain…… mon guidon s’accroche sur Peter Pan, ai-je fait un écart sur la gauche pour éviter une ornière, ou cette ornière m’aurait-elle simplement fait dévier, Peter Pan aurait-il fait un écart sur la droite ? ? ? ?
Qu’importe, les faits sont là : je venais de derrière lui, il ne pouvait me voir, je suis fautif de ne pas avoir pris plus de distance et surtout de ne pas l’avoir averti……
Mon guidon s’accroche donc quelque part sur Peter Pan……… voilà la catastrophe, Peter Pan se met à voler, mais hélas pas jusqu’au pays des rêves ni vers les pirates………
C’est la chute, je m’en souviens et je la revois en rêve……… mes mains touchent le sol, je glisse de longs mètres à plat ventre dans les cailloux accueillants. Je m’immobilise, je suis coincé, sous le vélo de Peter Pan, je ne peux plus bouger, et une douleur m’inonde.
On m’aide, on me dégage, je réalise que je suis tombé brutalement…… mais où est Peter Pan ? dans un arbre ?
Le GT est dégagé, je ne peux pas me relever, alors je regarde ma jambe droite d’où vient la douleur, il y a un gros trou dans mon collant. Je regarde à travers le trou, et je vois mon os du genou, blanc ! Pas de sang, juste la peau qui est soulevée, et me dévoile l’intérieur de mon anatomie……
On récupère mon vélo, qui semble s’en être mieux sorti que moi, et enfin je vois Peter Pan, je suis rassuré, il est debout et semble en bon état. Moi je reste au sol, je le sens bien, il vaut mieux, une voix intérieure se fait entendre.
Je vois les visages de mes compagnons qui se veulent rassurants et drôles, moi aussi je tente d’oublier et je cède à l’humour de la situation, mais je le sais : la ballade est finie pour aujourd’hui. Il fait un temps superbe, et l’air est frais, le ciel bleu.
JP mon fier ami a déjà, avec mon frère, pris l’initiative : il est parti vers la route, à la civilisation, pour prévenir les pompiers. Fidèle JP, véritable partie de ma vie, qui veille sur moi tel un gardien garde les portes de l’enfer.
Je passe donc quelques longues minutes allongé dans l’herbe, la tête dans les bruyères. On s’affaire autour de moi, une couverture de survie, un blouson sur mon corps. Des passants, des chiens, des free-riders passent et leurs visages sont graves.
Moi j’essaye de garder mon sens de l’humour et de la répartie, car il ne s’agit pas de céder si facilement au défaitisme. Peter Pan dans le choc a explosé son casque…… Voilà enfin un mystère de résolu, le casque…… sert à ça donc ! ! ! ! ! à protégerla calotte glaciaire du sieur Peter Pan. Bienvenu au royaume des aveugles, qui croient que le casque est là pour faire le beau……
Quelques photos, pour l’éternité. Et les pompiers sont là, avec leur check-list, et les mauvaises nouvelles.
Je vous passe les détails de l’emballage du Tof sous cellophane, la scène de viol collectif dans le camion rouge……… enfin j’ai quand même apprécié la sirène…… pour moi, pour une fois… Encore une fois.
L’arrivée aux urgence de Bleau, tranquille, je grille tout le monde…… et puis je me retrouve sur le dos sur un grand lit à regarder les plafonds, les néons. On me parle, me questionne, je demande un prêtre, ou un dernier verre de tequila. On découpe le peu de vêtements qu’il me reste, un médecin qui fait du vélo sur route (l’est sûrement fou) rigole un peu avec moi. Puis la douleur reprend, il faut nettoyer la plaie, couper les bouts de chair qui m’abandonnent. Aie la vache, il faut gérer la douleur.
Mon score en points de suture va être particulièrement difficile à battre, j’étais à 27 en rentrant, et je sors avec 6 points supplémentaires. Il y avait donc des points à prendre sur le parcours, et comme dans un jeux vidéo, je les ai trouvés. Mon score actuel est donc de 33. Dites 33 ! ! ! !
Je suis sorti, mon frère et JP m’attendaient avec le sourire. Que ne serait la vie sans ami et sans un frère?
Depuis je vis pour quelques jours la vie d’un handicapé, qui ne peut plus plier son genou, et bien la vie ne doit pas leur être si drôle.
Bilan de la ballade, une bonne partie de la peinture charnelle de mon côté droit est rayée, mon genou est ouvert sans que l’os ni les ligaments ne soient touchés. Cela semble une saine blessure, ou un rappel à l’ordre de mon ange gardien qui se fait des rides de soucis plus rapidement que prévu.
Au niveau matériel, un casque pour Peter Pan, une selle pour moi, et un collant, quelques trous par ci par là dans les gants le sac a dos, et surtout ma bombe d’huile pour la chaîne…… un peu diminuée. Le choc a donc été violent.
Donc en clôture à ma prose, je rends hommage à mes camarades et amis de sortie : grâce à eux ce moment est un bon souvenir, merci de m’avoir soutenu, d’avoir géré la logistique, d’avoir assumé mes conneries. Merci aussi à ce free-rider qui a déplié sa couverture de survie pour que je ne gèle pas, merci aux pompiers pour leur bonne humeur, merci aux urgentistes qui ont fait leur métier avec sérieux et humanité, merci aux passants qui s’inquiétaient, merci à mon frère qui a encore une fois été témoin des excès de son grand frère, merci à JP qui m’a jusqu’au bout regardé avec chaleur, merci à Peter Pan qui m’a déjà pardonné (NDLA : bien sûr !).
L’être humain est empli de mystères, mais surtout empli de valeurs, encore un exemple qui renforce mon sentiment, que tout être humain est sincèrement bon.
Alors en attendant que je me rétablisse, je vous dis à bientôt, dans 1 ou 2 mois je serai encore là à faire le kakou à ‘Bleau sur mon VTT……… Mais j’aurai des coudières et des genouillères.
La vie est une succession de bonnes surprises.
Mes amis, vivons chaque journée comme si c’était la dernière.
Tof « artisan être humain »

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