Méga & Réunion

Méga & Réunion

Billets en poche, Sandrine et moi-même prenons la file d’attente pour le vol du soir en direction de La Réunion, à peine le temps de patienter que déjà ma femme repère un activiste du SPADS, ce n est autre que Gilles de Tignes accompagné de sa femme Sandrine et d’un couple d’amis Dominique et Renald, lui aussi rider à grosses tétines de longues dates.

Le vieux montagnard prend soins de déclarer une chaise longue a l’enregistrement des bagages, en lieu et place de son veuteuteu histoire d’économiser une surtaxe de cinquante quatre euros, alors que d’autres payeront pour un surplus de strings.

 Les onze heures de vol nous aurons parues bien longues, sauf pour un des passagers qui aura un arrêt cardiaque définitif pendant le vol, s’envoyer en l’air pour rejoindre le royaume des cieux c’est plutôt rare.

Le Temps est gris et chaud sur l’aéroport de St Denis, nous parcourons quelques kilomètres en direction du sud de l’île et déjà le temps change, La Réunion est pleine de microclimats. Arrivés à La Saline nous découvrons un petit hôtel propice à la reproduction du cloporte au clair de lune, le Bullit quand a lui restera tranquille tout le week-end afin de s’acclimater à ce changement de latitude. A une centaine de mètres de nos pénates se trouve un lagon, masque palmes et tuba suffisent à pénétrer dans un aquarium géant adapté aux plus petits :-), d’une profondeur de quatre vingt centimètres et protégé par une barrière de corail c est un espace idéal pour tous les plongeurs néophytes.

 Déjà deux jours que mes vans rongent leurs lacets, c’en est trop pour elles, après une multitude de lacets de plus en plus serrés nous arrivons au sommet du Maido, et là… le trou de Maffate ; ce cirque restera à nos yeux le plus beau, aucun accès par la route pour y descendre, les ravitaillements s’y font soit à dos d’homme ou en hélicoptère, mais le jeu en vaut la chandelle.. Le spad s’impatiente dans le coffre de notre poubelle a quatre roues, restée sur le parking, muni d’une carte on ne peut plus sommaire je prends le premier GR pour rejoindre St Leu, distance inconnue, température ambiante environ 30°, dénivelée négative approximativement 2000 mètres, temps de parcours avant la tombée de la nuit.

 Il est douze heures, je commence à descendre sur quelques centaines de mètres, mais déjà ce profil une première côte, elle durera longtemps, très longtemps, je suis en fait sur une ligne de crête pour rejoindre le point de vue du grand Bernard ; impossible d’aligner deux coups de pédales, le terrain étant trop cassant. Voici deux heures que je pousse mon veuteuteu, crâne dégarni et absence de crème protectrice auront rapidement raison de mon cuir  » je cuis « , quelques petites descentes refroidiront mes semelles. Le terrain devient changeant, plus question de pousser ma monture, Il faut porter, cela durera une bonne heure. Arrivé à Glacière le profil devient descendant, ce sera une succession de portage et de marche durant plus d’une heure, autant sur la première partie du parcours j ai pu rencontrer des marcheurs, mais depuis ma bifurcation pas âme qui vive. C’est la galère, si je ne peux être sur le spad pour descendre le retour sur la plage risque être très long.

Enfin je respire, la végétation apparaît au loin et le GR presque praticable. Fini la roche agressive, place à de la terre légère et absorbante mes boudins me remercient en accélérant la rotation de leurs tétines, mais déjà une route en béton vient stopper le single. Tant de souffrance pour si peu de plaisir ? Est ce possible ? Mon cortex affûte mon regard. Tout debout sur les freins, je stoppe mon destrier, si je ne m’abuse il y a des traces de ‘peuneus’ juste avant ? La pente est bien là et le terrain idéal, a l’abri du soleil et sous une végétation luxuriante je prends vraiment plaisir à laisser filer mon engin, mais a ma grande surprise j’arrive sur un obstacle crée de toutes pièces par l’homme. Un freinage tardif et mal placé la pelle se fait sentir, une forte odeur de pâté se dégage pendant une fraction de seconde, par chance le terrain est réellement meuble. L’addition tombe « encore une cote cassée fait chier  » elle est redevable sur plusieurs jours.

C’est à partir de ce moment que la Motivation prend tout son sens, elle s’applique partout et n’est limitée que par le désir. Le single se termine par une portion de route forestière, en un mot ça file plus vite. Les premières cases apparaissent et les routes en colimaçons elles aussi, pied dehors et frottement de vans permettrons de dépasser les caisses a savon dans les épingles sous les yeux ébahis, des badauds. Fin du parcours sur la plage… plouf.

Deux jours ont passé et mon esprit d’aventure solitaire est bien rangé au fond de mon bulbe. Renald, Gilles et moi-même nous sommes donné rendez-vous à St Leu pour effectuer une reco de la Méga. Avant d’attaquer la montée en mini van, nous rencontrons des locaux aux sourires communicatifs, des stars détendus, des vieux affûtés, des djeunz suréquipé et mêmes deux filles ; la route qui mène au départ de la reco est tortueuse, le bronzage commence à pâlir et l’envie de faire une galette de plus en plus présente… la navette s’arrête et nous descendons les spads de la remorque pour une photo souvenir avec les grands. L’avant veille, il a beaucoup plu sur les hauteurs, les locaux ont horreur de la boue, le terrain est vraiment glissant et il est très difficile de prendre une trajectoire correctement, pas de freinage appuyé mais de la dérive sur deux roues avec en option du béquillage d’un pied. Le single commence à devenir plus étroit, les arbres se rapprochent en nous faisant de grands signes de bien venu, il ne faut pas s’y tromper ils sont là pour « bouffer  » du métro. Fini le single place à du chemin forestier plus large mais toujours aussi gras, les coups de pédales se font plus rapides et les pilotes commencent à respirer plus fort, néanmoins les virages vous envoient rapidement hors de la courbe.

La descente est entrecoupée de pose pour récupérer les retardataires… une chaîne cassée… une crevaison… sauf pour une chute c’est le jeu et il faut bien le dire, aussi pour Admirer le paysage. La cadence s’accélère, passage de front aux abords des courbes, ça joue des coudes dans les virages, tout freinage mal calculé est une faute, ma roue avant glisse comme jamais, je donne des coups de pieds au sol pour redresser l’équipage mobile ; la motivation a pu supprimer l’information liée a la douleur et c’est tant mieux. Taper une bourre avec Fabien Barel ce n’est pas chose courante alors on s’inscrit dans sa trajectoire, derrière j’entends Gilles qui veut se faire du champion, la paluche filme l’action.

De courbes en courbes le plaisir est ultime, même si les défauts sont là, ma tendance au freinage tardif me pousse trop à l’extérieur, qu’importe, sentir l’arrière du spad décoller avec l’envie de passer devant, j’adore. Mon prédécesseur stop son engin de baltringue et me dit « on attend Renald ? » j’approuve et enfin arrive le retardataire, « j’ai pris une boite » nous dit-il. A première vue le bonhomme souffre de l’épaule, mais impossible de l’abatte, c’est le plus ancien d’entre nous. Il pensera ne pas faire la mega, c’était sans compter sur l’effet Motivation ti péi. La dernière partie est de nouveau en single, la végétation verdoyante a laissé place à du cailloux remuant et du sable, avec une bonne paire de bras du type « caraille » et les conseils de gilles « laisses respirer l’engin », aucune crevaison malgré un bon tempo. Fin du parcours sur la plage « La big run pour jeudi c’est ok ? » me demande Gilles.

Et pour être en forme un petit déjeuner avant le départ. Du single à fleur de cirque c’est tellement beau qu’il faut se poser pour jeter un oeil. Sur le parcours nous verrons le départ d’un sentier qui mène soit à l’orangerie soit à roche plate, il est impraticable en VTT, enfin le début oui mais ensuite… ça nous fera une occasion de discuter avec Anne-Caroline Chausson, elle aussi admirative devant ce paysage impressionnant, même si ce lieu ne lui est pas inconnu. Une photo avec mention spéciale « padcados » et nous prendrons vraiment le départ de cette rando ô combien amusante. Longer le cirque aurait certainement donné le vertige a quelqu’un d’entres vous, parti sans camera je laisse aller la cavalerie, tout comme la mega il n’y aura pas de gap bosse, j’ai donc remonté un peu la selle. Gilles ayant déjà reconnu le tracé, il partira devant. Je suis derrière et deux ‘rideurs’ prennent le train, les dépassements se font lors des freinages ou sur une mauvaise trajectoire…

Apres plusieurs kilomètres parcourus sur un mélange terre/herbe, un chemin du type pipeline s’offre à nos pneus, gaz, gaz, les rebords sont utilisés comme des compressions, les freins inutiles, la vitesse grisante, les racines sont survolées, soudain apparaît un gauche serré, j’entends Gilles crier « attention » ; trop tard, je ne peux éviter la plaque de boue dure et glissante comme du verglas, mon poursuivant en profite pour passer devant… nous filons à vive allure sur de grand chemin qui accèdent aux champs de cannes a sucre ; à l’horizon l’océan indien pointe son nez pour nous en mettre plein les yeux. Depuis le départ de Maido nous sommes suivis par un rideur au tempérament assez joueur, nous quittons les grands chemins pour enchaîner du single à forte poitrine, pardon à gros cailloux. Notre compère aimerait bien passer, de virage en virage il finit par me faire l’intérieur, les cailloux tabassent et obligent à rester souple, le rideur acharné colle au train de Gilles, plus le temps passe et plus il est à la dérive, ses jambes n’amortissent plus, un caillou plus gros que les autres lui vaudra un bel OTB sans que son lièvre ne puisse le voir chuter. Au bout du single se sera une pose obligatoire pour réparer une crevaison du Jekyll. Fin du parcours pas très loin de la plage avec un petit repas aux saveurs local.

Dimanche le jour J, il 6h30 tout le monde embarque dans les bus, Renald est venu en sachant qu il ne pourra faire la course qu’en  » pépère/pépère « , Gilles est quand a lui affûté au fusil, il a le regard brillant du renard rodant autour d’un poulailler. Les bus arrêtent leurs moteurs, il faut descendre et continuer l’ascension à pied, déjà quelques-uns uns s’échauffent sur des home-trainers. Il nous faudra environ 20 mn de poussette pour grimper au départ de la mega. L’hélicoptère tournoi dans le ciel, les vedettes en première ligne prêtent à en découdre, derrière Gilles bat des semelles et ne peut s’empêcher de grappiller quelques places. Le départ ce fait en deux vagues avec 5 min de décalage, 30 » 20 » 10 » 5 »4 »3 » la horde vient de partir sans que la rubalise soit vraiment relevée, l’hélico suit le départ canon alors qu’un concurrent malchanceux s’est fait enrubanner. La paluche est prête après quelques modifications de dernières minutes (erreur à ne jamais faire), comme pour la première vague le départ est volé, c’est Gilles qui vient de partir comme une balle devant tout le monde. Je pars tout droit, mais pas pour longtemps, je suis par terre, je m’étais préparé à tout sauf a ça… Renald me voyant au sol vient me voir et me dit « je crois que ta camera est arrachée »… perdu, je reste stoïque, et voyant les câbles de la paluche sectionnés, je n’arrive pas à réaliser, j’essai d’évaluer les dégâts, le temps passe et je suis tout seul. Comprenant qu’il me sera impossible de filmer, j’arrache d’un coup sec le câble qui court le long du cadre, c’est parti je pédale comme un fou, je ne peux pas finir dernier… en peu de temps je rattrape quelques novices puis Renald qui me cri « tranquille Mebo » je n’écoute pas, je file tel un dératé, je double du retardataire, 1, 2, 3 plusieurs mecs réparant leur engin de malheur, je viens de sortir des cailloux, je passe une bosse, y a un truc qui cloche, j’ai crevé. Enfer et damnation pas une seule crevaison depuis mon arrivée a la réunion et aujourd’hui je crève ? Je ne suis pas le seul, un master2 vient de déchirer son pneu tubeless et me demande si je n ai pas une chambre a air, je lui donne de bon coeur. Les conçurent précédemment dépassés me repassent. Je fais quelques kilomètres et déjà mon pneu cri misère, il me faut redémonter pour réparer à nouveau.

Trop énervé j’ai du mal à me concentrer, voir des mecs passer pour la deuxième fois ne calme pas mes nerfs, au contraire, bien au contraire. Repartant a un rythme moins soutenu je m’égards un court moment, perdu au beau milieu d’un plateau je cherche l’entrée qui mène au single en sous-bois. Une fois sur la bonne piste le plaisir revient, pour peu de temps, au sortir du single je crève a nouveau… C’est reparti en me disant que ce n’est plus une course mais une balade, les nuages envahissent l’atmosphère alors que sous mes roues le chemin est tout droit, je le sais. Le vent fait le ménage et nettoie mon champ de vision, c’est plus fort que moi je lâche les freins, tout doucement je me remets dans mon rythme, erreur, je crève. Ma boite de rustine commence à diminuer, je mets un peu la pression en me disant « roule cool », impossible une fois passés trois ou quatre virages, du coup je me gaufre a l’entrée d’un virage plus serré que les autres. Je me relève, le verdict tombe j’ai crevé une fois de plus, la motivation diminue et ma cote blessée se réveille. Gonflé, ça me gonfle, je maudis ces jantes tubeless et mes pneus a tringles rigides. Des mômes courent au loin avec les flèches indiquant la direction de la course, je leur cri « hé la marmaille c’est vers où ». De crevaison en crevaison je finis par avancer sur le parcours, je suis maintenant sur un single a forte dominance de cailloux, mémorisé lors de la reco, n’ayant plus la force de gonfler correctement je sais que je vais crever.

Ca ne loupe pas j’ai pincé une fois plus, une rustine pour deux trous ? ‘Suffit de la couper en deux, je répare tant bien que mal devant 5 ou 6 badauds dont 2 gendarmes en faction pour la circulation « pourquoi vous n’abandonner pas ? » me demandent-ils, c’est hors de question. Je leur explique que si j’avais du zamal je ferais bien une petite pause « allez-y cela nous occupera » me répondent-ils, je leur rétorque que cela changerait un peu, ils ne savent pas trop comment le prendre, mais déjà je repars. Impossible de reclipser le pneu en fond de gorge, je roule tant bien mal et comble d’une course foirée je suis perdu, je finis à travers des chantiers de terrassement. J’arrive sur la nationale, j’ai chaud, mon pneu colle a la route ; ce sera ma dernière crevaison, impossible de réparer, il ne reste aucune rustine. Fin de la course sur la plage avec une petite bouffe entre amis près des vagues.

Il faut se rendre à l’évidence quoi que j’en dise j’ai les calos, ma femme me réconforte en me rappelant l’essentiel du sport : participer. Après avoir fait de la marche dans les cirques, le survol de l’île en ULM, de la plongée en apnée, de la baignade dans les sources chaudes, il reste le volcan. Le Bullit n’a plus le droit de cité, puis l’idée surgit d’une des couches de mon cerveau « et si je descendais le volcan en VTT ? ». Une boite de rustines au fond du sac et chambre à air neuve, la bête est prête. Le départ du GR se fait par un escalier, « c’est pour quel magazine ? » demande-t-on à Sandrine. Au bas de cet escalier un premier petit cratère m’appelle comme un bac a sable attire les enfants, les chutes sont à proscrire tant le sol est abrasif… ici pas question de télénavette ou autres, le plaisir se paye à grosses gouttes de sueur, des marcheurs étonnés m’interrogent et nous discutons avec grand plaisir.

Le volcan est là qui pointe son sommet, Sandrine hésite et veut faire demi-tour. Rebrousser chemin serait comme de cultiver des regrets, tranquillement nous effectuons l’ascension. Magnifique, grandiose, subjuguant, bref c’est magique. Le nez au-dessus du grand cratère et les yeux fixés sur des fumeroles nous décidons d’aller chercher le point culminant pour manger. La descente fut… je n’ai pas vraiment les mots exacts pour expliquer… mémorable… à tout jamais…

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