Photo et légendes urbaines

Photo et légendes urbaines

Afin d’aider le béotien, j’ai couché sur l’écran une revue d’idées reçues à propos du matériel photo et en particulier le matériel numerique (Canon 350D/400D, Nikon D50/D70s/D80, etc.) J’espère que ces commentaires aideront quelques lecteurs dubitatifs. Les termes soulignés en noir vous proposent une explication sommaire, en y laissant la souris un instant.

Le 85 mm est idéal pour le portrait !

C’est vrai en studio, où le modèle est à l’écoute du photographe qui est à distance assez proche du sujet. Cela ne l’est plus pour le commun des mortels qui veut essayer de ne pas se faire remarquer ; ça l’est encore moins pour capter les minois de nos chères têtes blondes. Bien qu’un grand angle permet d’optimiser leur présence dans le cadre !

Une focale à partir de 100 voire 135 mm est alors plus adaptée car elle procure suffisamment de recul pour capter des moments fugaces, ainsi qu’une profondeur de champ assez faible pour « flouter » l’arrière plan (considération académique).

Le faux miracle des reflex numériques

La profondeur de champ (retenez pdc) dépend de critères physiques et optiques complexes tels que décrits sur le site d’Edgar Bonet (‘tention à la tête), mais elle est assez simple à comprendre : par rapport à une mise au point donnée, la netteté va s’étendre au delà et en deçà de ce point (devant et derrière). En bref :

1. pour une ouverture et un cadrage donnés (le point de vue étant variable), la pdc sera identique quelle que soit la focale utilisée.
2. pour une même ouverture et un même point de vue (le cadrage étant variable) la pdc diminue en adoptant une focale supérieure (ex. de 50 à 135mm) et augmente pour une focale inférieure (ex. de 50 à 28mm).
3. pour une même focale et un même point de vue, la pdc diminue en adoptant une ouverture inférieure (ex. de f/4 à f/2,8) et augmente pour une ouverture supérieure (ex. de f/4 à f/5,6). Dans le premier cas on « ouvre », dans le second on « ferme ».

Il faut alors avoir deux notions en tête : distance focale (en mm) et angle de vue (en degré). Un 50 mm aura toujours une focale de 50 avec une pdc identique. Mais son angle de vue sera autant diminué que le capteur est petit. En fait, puisque la distance entre l’arrière de objectif et le « plan film » est identique, la réduction de la taille du capteur fait office de cache, rognant les bords du cadre image.

Donc un 80 mm sur un APS-C type Canon EOS 400D (22,2×14,8mm) aura le cadrage d’un 50 mm en 24×36 quand sa pdc sera celle d’un 50 à cadrage égal, puisqu’il vous faudra reculer pour englober le même sujet. On recule ? Donc on augmente la pdc !

En clair, si vous souhaitez la même pdc qu’un 105mm sur un 24×36, il vous faudra accepter de cadrer plus serré avec la même optique (puisque vous ne bougerez pas).

Il est donc totalement impropre de dire qu’en passant du 24×36 à l’APS on a gagné des longues focales. Car ce qu’on demande d’abord à un téléobjectif est d’offrir un grossissement (comme une paire de jumelles).

En revanche il n’est pas faux d’entendre qu’on a perdu du grand angle, puisque l’angle est effectivement réduit. Mais, comme les fabricants proposent des zooms qui démarrent à 17 ou 18mm au lieu du traditionnel 28mm, on conserve le même angle de vue avec les caractéritiques d’un super grand angle (éloignement important des plans, pdc très importante). Un 17mm orthoscopique il y a une dizaine d’années était une focale très spécifique et coûteuse.

Pour finir sur cette histoire de téléobjectif « surdosé », comme certains pensent avoir un 300mm monté sur leur DSLR, au lieu d’un 200, ils imaginent que le flou de bougé est encore plus sensible. Si l’on a tout bien lu Freud ©, c’est inexact puisque les risques de flou sont amplifiés par le grossissement. Ce dernier n’ayant pas évolué, la vitesse d’exposition optimale reste sur une valeur « pratique » de deux fois la focale (soit 1/400 sec pour 200mm), en l’absence de stabilisateur.

En numérique un 50 mm devient un 80 : idéal pour le portrait ! (bis)

Si vous avez bien suivi les deux chapitres précédents, c’est faux. D’une part nous retenons que le 50 reste un 50 et il aura une pdc trop faible pour isoler l’arrière plan à une distance « discrète », même à f/1,8. D’autre part le grossissement est insuffisant pour qu’un modèle ne nous remarque pas. Ce que désire très souvent un photographe hors d’un studio. Soit 99% des photographes 🙂

Ceci étant dit, un 1,8/50 mm est un magnifique cailloux pour « shooter » en basse luminosité, allié aux possibilités de monter en sensibilité (ISO) des reflex numériques modernes. Donc faire des photos sans flash, ou avec moins de grain/bruit. Le 50 ne m’a jamais passionné mais il a ses atouts, financièrement parlant : il est le moins cher des objectif, le plus lumineux (Canon en fabrique ouvert à f/1,2 (une fortune)) et sa qualité est quasi systématiquement exceptionnelle (piqué, contraste, etc.).

Un zoom n’est pas un téléobjectif !

On entend souvent « prends un zoom pour faire des photos de loin ». Avec un zoom 20-35 mm, le paparazzi sera bien embêté pour faire son métier !

Un zoom est un objectif à focale variable, c’est à dire qu’il offre différents cadrages (angles de vue). Un téléobjectif est un objectif dont la focale fixe ne varie pas et permet de grossir le sujet à partir d’un même point de vue.

On l’aura compris, un zoom téléobjectif est un objectif à focale variable dont la plus longue grossit fortement le sujet, alors qu’un zoom grand angle ne procurera que des angles de vue étendus. Par conséquent, zoomer revient à cadrer plus serré mais pas nécessairement à faire des miracles en matière de grossissement.

Une ouverture de f/2,8 est bien plus lumineuse que f/3,5

C’est à dire à peu près une demie ouverture… soit pas grand chose, tant en terme de luminosité que de profondeur de champ (disons, jusqu’à 300 mm). En revanche, un zoom ouvert constamment à f/3,5 aura la capacité de fournir une visée claire à toutes les focales et une pdc plus faible à la plus longue. Ce qu’on demande souvent à une longue focale. Sans parler du fait que la plupart des zooms sont dotés d’une ouverture variable selon la focale, genre f/4,5-5,6 alors que la pleine ouverture est plutôt requise en haut: avec un grand angle on souhaite souvent obtenir une pdc la plus large possible. Pour faire du paysage par exemple (considération académique (bis)).

Un f/4-2,8 de 17-70 serait bien plus judicieux… bon, j’ai rien dit.

Une règle assez simple à retenir est qu’une ouverture de moins (ex. de f/4 à f/2,8) coûte plus du double (a fortiori quand il s’agit d’un zoom (qui plus est quand cette ouverture est constante (encore plus quand le zoom s’évade dans les longues focales))). On constate généralement que, pour une même plage de focale et une même fabrication, de f/4 à f/2,8 l’objectif est quasiment deux fois plus gros et lourd. N’oubliant pas que d’une ouverture à l’autre il y a deux fois plus de lumière qui pénètre l’objectif.

Retenez qu’un objectif lumineux est : confortable pour la visée, accélérateur de l’AF, partenaire d’une pdc faible, plutôt bon aux ouvertures suivantes (il est rarissime qu’une optique soit aussi bonne à pleine ouverture qu’à f/8 ou f/11).

Mais il est : cher, lourd, gros et voyant, surtout dans les longues focales et surtout les séries L de chez Canon, aussi discrètes qu’un nez de clown sur… un nez.

Le pare-soleil ne sert que… pour le soleil !

Et non. Un pare-soleil doit être traduit par « anti-rayons-parasites » (flare en anglais). Malgré les progrès de traitement des parois, si l’on travaille souvent en contre-jour, ce qui est assez commun, il est indispensable. Il est d’autant plus crucial que la focale est longue, puisque l’angle de champ est réduit et que les rayons parasites sont encore plus gênants (pour une lentille frontale aussi exposée que les autres). Même en intérieur où les lampes et autres spots peuvent induire pas mal de rayons pénibles.

Un pare-soleil peut augmenter sensiblement le contraste d’une image. Drastiquement en zone de contre-jour.
Pas convaincu ? Vous lisez l’anglais ?
Quand vous l’avez, montez le sur votre objectif. De plus il protège ce dernier quand vous le choquez maladroitement.

Mais alors mon zoom ?!

On l’aura compris, le défaut majeur des zooms à forte plage (ex. 18-200 mm) est de ne proposer un pare-soleil que pour la focale la plus courte, c’est à dire celle qui le nécessiterait le moins. Logique, les rayons parasites sont d’autant moins gênants que le champ est étendu. Ce n’est pas le moindre défaut de ce type d’objectif, notamment leur tendance congénitale à la distortion et au vignettage, mais c’en est un.

Il peut être amoindrit par l’adoption d’un pare-soleil ad hoc en corolle, clipé, quand le fabricant a pris soin de le prévoir (si possible de le fournir). Cela est possible uniquement quand la mise au point s’opère sans rotation de la face avant de l’objectif. Et oui, sinon la fleur tourne comme le tournesol 🙂

Des pixels, plus il y en a mieux c’est

Oui et non. Oui car, sur un capteur, plus il y a de photosites plus on obtiendra des détails sur l’image finale. Mais la question est de savoir combien peut-on raisonnablement en mettre sur une surface donnée. Car d’un modèle D70 au D80 la taille du capteur est identique. Le progrès avance très vite et il est difficile de répondre à cette question. A cette heure, 8 Mpx sur un capteur reflex APS-C est largement suffisant pour imprimer un A4, soit bien plus que le besoin de la très grande majorité des utilisateurs.

On considère ainsi que 6 ou 8 Mpx sur un petit compact, doté d’un capteur bien plus petit, dépasse de loin les possibilités offertes par la taille du dit capteur. Car en mettre trop sur une même surface induit des interférence entre deux photosites, donc du bruit (en argentique on appelle ça du grain).

Méfiez vous des pixels : ils rendent sourd !

Puisqu’on parle optique

Vous avez choisi votre boîtier reflex : le meilleur ! C’est bien, vous allez vous régaler. Mais avez-vous pensé que l’objectif est au moins aussi important que le boîtier ? Certes, un peu moins qu’à l’époque de l’argentique où le cailloux faisait tout, en collaboration avec le film. Cela dit, comme en HiFi où les enceintes font le plus gros du boulot, l’objectif est un élément majeur voire prioritaire.

Achetez un cul de bouteille pour accompagner votre ruineux Canon EOS 5D ou Nikon D200 et il fera grise mine, comme vos images. Pour vous aider dans votre choix, une fois votre idée faite sur votre boîtier via DpReview par exemple, je conseille les excellents SLR Gear et Photozone. Ce dernier propose une lecture aussi spartiate que rapide des tests, dont la procédure est claire et simple.

Vous y trouverez la trinité : vignettage (assombrissement des coins/bords), définition (capacité aux détails) et aberrations chromatiques (phénomènes parasites). Egalement des images et quelques commentaires de l’auteur, assez aiguisés mais…

… Photozone le dit bien dans sa FAQ, une chose ne peut pas être jugée dans la lecture d’une mire : le contraste. Et là, c’est le drame… alors si vous le pouvez, testez deux ou trois optiques chez votre revendeur préféré. Sinon, vous pouvez vous référer à la FTM du constructeur, quand elle est fournie.

Quoi qu’il en soit, ne faites pas confiance aux tests d’inconnus, sur les forums par exemple, où la procédure n’est jamais définie, où les conditions de lumière et de prise de vue sont très rarement équitables. Le mieux est d’imiter St-Thomas 🙂

Màj du 23/10/2006 : pour ce qui concerne distortion géométrique, vignettage et, dans une moindre mesure, aberrations chromatiques il y a des solutions en post-traitement, notamment PTLens qui corrige relativement bien ces défauts (ou encore le coûteux DXO).

On peut considérer que la distortion est la plus simple à corriger ; c’est donc un critère à mettre éventuellement entre guillemets au moment du choix.

En finir avec l’académisme

On fait du paysage avec un grand-angle, du portrait avec un téléobjectif, il faut un maximum de focales pour ne pas rater une photo. Voici les assertions contestables du langage courant.

Si un professionnel du sport ou un ornithologue ont besoin d’un téléobjectif puissant pour saisir des scènes lointaines, si un paysagiste ou une agence immobilière s’équipent d’un grand angle et si un entomologiste doit être doté d’une optique macro, la plupart des photographes peuvent se contenter d’une ou deux focales, éventuellement fixes. Comme le faisaient nos parents et grands parents.

Pas de « c’était mieux avant » mais tout simplement un constat : les photographes célèbres le sont devenus avec parfois un seul objectif en main…

Pour ne parler que des zooms, en s’équipant d’un ou deux modèle, la question n’est pas d’enchaîner les focales au poil de none près, ni de couvrir la plus grande plage de focales. Si l’on veut vraiment essayer de tout faire, en dehors de tout critère financier ou qualitatif, mieux vaut posséder un couple 28-105 et 70-200 (24×36). Le premier car il sera paré pour, dans un même temps, faire une photo de famille et un portrait. Le second sera utile pour des cas où un long télé vous semble nécessaire. Son « petit » 70 sauvera un cadrage plus large.

Ou encore un f/2,8 de 18-50mm et un f/4 de 70-200mm, afin d’optimiser la luminosité, la portabilité et, souvent, la qualité.

On le sait : un zoom à plage très étendue est un compromis, malgré les progrès des opticiens (façonnage des lentilles et traitements spéciaux). Ceci dit, diviser n’est pas régner sur le côté pratique mais dans le sens qualitatif.

La photo est une question d’imagination, de préférences, d’affinités. Souvent, à force de saisir des images notre regard est orienté, formaté. J’aime particulièrement « voir en petit téléobjectif ». Idéalement entre 100 et 135mm car j’ai une affinité avec cette vision resserrée (j’affectionne le détail). J’ai fait le plus clair de mes début de « plasticien » avec un exceptionnel 2,5/105 Nikkor (j’en ai d’ailleurs « voulu » à la firme jaune de ne pas l’avoir reconduit en AF).

La polyvalence en matière de focales est une vision de journaliste. Oubliez les chiffres, pensez recadrage numérique et osez la différence !

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