Les 10 plus gros mensonges en audio

Les 10 plus gros mensonges en audio

Traduction de The 10 biggest lies in audio par Peter ACZEL, automne 2000, n°26 de The Audio Critic. Publiée sur Pasbanal le 5/11/2007

La célèbre boutade de Lincoln, selon laquelle on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps, apparaît être à peine applicable à l’audio haut de gamme. Ce qui suit est une tentative de la faire entendre.

Je suspecte fortement les gens d’être plus naïfs aujourd’hui qu’ils ne l’étaient quand j’étais plus jeune. En ce temps, nous ne mettions pas d’aimants dans nos chaussures, la police n’utilisait pas des psychologues pour rechercher des personnes disparues, et aucun chef d’état depuis Hitler n’avait consulté d’astrologues. La plupart d’entre nous croyait en la science sans aucune réserve. Quand l’ère de la hi-fi arriva, des ingénieurs comme Paul Klipish, Lincoln Walsh, Stew Hegman, Dave Hafler, Ed Villchur, et C.G. McProud étaient nos sources d’informations sur l’audio. Les gurus savants sans véritable éducation qui ne connaissent pas l’intégrale de ex étaient encore dans l’avenir sombre.

Ne me méprenez pas. En terme de champ de connaissance existante, le monde audio d’aujourd’hui est clairement loin devant ces temps passés; à une extrémité du champs il y a de brillants fabricants qui surpassent les précurseurs. Du côté sombre, néanmoins, un nouvel âge d’ignorance, de superstition, et de malhonnêteté règne. Pourquoi et comment cela est arrivé a été largement couvert dans les numéros précédents de cette publication (NDLA: The Audio Critic); ici je vise la liste des mensonges proférés par des malins pour piéger les crédules.

1. Le mensonge du câble

Logiquement ce n’est pas le mensonge par lequel commencer car les câbles sont des accessoires, pas des composants audio principaux. Mais c’est le plus gros, le plus sale, le plus cynique, le plus insultant envers l’intelligence, et par dessus tout le mensonge le plus frauduleusement profitable en audio, et il doit donc être placé en tête de liste.

Le mensonge consiste à dire que des câbles pour haut-parleurs et des fiches de connexion onéreux produisent un meilleur son que des produits standards, moyenne gamme (du genre de ceux de Radio Shack). C’est un mensonge qui à été montré, mis en disgrâce, et réfuté maintes et maintes fois par chaque véritable autorité existante, mais les gurus de l’audio détestent l’autorité et les innocents ne peuvent distinguer cela d’un charlatanisme destiné à servir leurs propres besoins.

La seule vérité est que la résistance, l’inductance et la capacité (R, L et C) sont les seuls paramètres affectant les performances sous le seuil des fréquences radio. Le signal ne sait pas s’il est transmis à travers un câble (RLC) cher ou bon marché. Oui, il faut payer un peu plus que le prix plancher pour des fiches correctes, le blindage, l’isolation pour éviter des problèmes de fiabilité, et il faut surveiller la résistance pour des connexions longues. En terme de performance électrique simple, néanmoins, un câble fait à partir de cintres redressés avec les bouts dénudés n’est pas d’un iota inférieur à un câble miracle de 2000€. Pas plus que ne l’est un classique câble pour lampe à 50c le mètre. Les câbles d’un prix extrêmement élevé constituent la plus grosse arnaque dans l’électronique grand public, et observer la capitulation pleine de lâcheté de la plupart des publications sur l’audio face à la pression des vendeurs de câbles est véritablement déprimant.

2. Le mensonge des lampes (des amplificateurs)

Ce mensonge est également, dans un sens, à propos d’un problème périphérique, car les lampes sont loin d’être répandues à l’époque du silicium. C’est un mensonge persistant néanmoins dans le marché haut de gamme de l’audio ; comptez juste le nombre de pages de publicités consacrées aux appareils à lampes à la fin d’un magazine hi-fi typique. Incroyable ! Tout comme l’est, bien sûr, l’affirmation que les lampes sont de manière inhérente supérieures aux transistors dans les applications audio : n’y croyez pas.

Les lampes sont bonnes pour les transmetteurs RF de forte puissance ou les fours à micro ondes, mais au moment de changer de siècle, pas pour les amplificateurs, pré-amplificateurs ou (bon dieu !) les appareils digitaux comme les lecteurs de CD ou DVD. Qu’y a-t-il de mal avec les lampes ? Rien, vraiment. Il n’y a rien de mal avec des dents en or non plus, même pour les incisives supérieures […] ; c’est juste que l’art dentaire moderne offre des options plus attractives. Tout ce que les tubes peuvent faire dans un appareil audio, des équipements sans lampes peuvent le faire mieux, à un moindre coût, avec une plus grande fiabilité. Même l’amplificateur à lampes le mieux conçu au monde aura une plus grande distorsion qu’un amplificateur à transistors aussi bien conçu et aura presque certainement besoin de davantage de maintenance (remplacements des lampes, recalibrage, etc.) pendant sa durée de vie. […]

En ce qui concerne « le son des lampes », il y a deux possibilités :
1. c’est une invention de l’imagination de l’audiophile trompé
2. c’est une coloration délibérée introduite par le fabricant pour entretenir des préférences altérées, et dans ce cas un amplificateur sans lampe pourrait facilement en imiter le son si le concepteur avait été assez pervers pour vouloir qu’il en fût ainsi.

Néanmoins, il existe des situations dans lesquelles un concepteur sophistiqué d’électronique hi-fi pourrait considérer l’usage de lampes (par exemple au niveau RF d’un tuner FM), mais ces exceptions rares et pratiquement limitées ne peuvent couvrir les mensonges courants et d’une grande variété des vendeurs de tubes qui veulent qu’on investisse dans une technologie obsolète.

3. Le mensonge antidigital

Vous l’avez souvent entendu, sous une forme ou une autre. A savoir : le son digital est largement inférieur à l’analogique. Le son numérisé est comme la photographie basique constituée de points dans un journal. Le théorème de Nyquist-Shannon est faux. Le taux d’échantillonnage de 44.1kHz des disques compacts ne peut pas rendre les hautes fréquences là où il n’y a que deux ou trois points d’échantillonnage. Le son numérique, même dans les meilleurs cas, est dur et haché. Et ainsi de suite… tout cela, sans exception, radotage ou présentation délibérée sous un mauvais jour. Une fois de plus, ce mensonge a peu d’impact dans la masse chez qui les technologies digitales ont gagné une totale acceptation ; mais dans les arcanes et parmi les tributaires du monde audio, dans les salons audio haut de gamme obstinés et les salles d’écoutes de divers gurus, cela reste une ligne de conduite.

La plus risible manifestation du mensonge antidigital consiste à préférer le LP obsolète plutôt que le CD. Quant à choisir entre la bande master analogique et la bande master numérique, ceci reste une controverse semi-respectable. Mais choisir les clics, pops et craquements du vynil plutôt que le silence (pas de bruit de fond) des creux constituant les donnés numériques, ceci constitue une rejet pervers de la réalité.

Voici les faits scientifiques que n’importe quel étudiant en électronique (2nde année) peut vérifier pour vous : l’audio numérique possède des arguments irréfutables que l’audio analogique n’a jamais eu et ne peut pas avoir. Les 0 et 1 sont de manière inhérente incapables de créer de distorsion dans le signal, contrairement à une courbe analogique. Même un taux d’échantillonnage à 44.1kHz, le plus bas employé dans les applications hi-fi actuelles, restitue plus que de manière adéquate toutes les fréquences audio. Il ne causera aucune perte d’information dans la plage (des fréquences) audio : pas un iota, pas un scintilla. L’argument « comment restituer 20kHz avec deux points d’échantillonnage ? » est une mauvaise interprétation basique du théorème de Nyquist-Shannon. (Ceux qui ont des doutes devraient prendre des cours élémentaires de systèmes digitaux.)

La raison pour laquelle certains enregistrements analogiques sont meilleurs que certains enregistrements numériques est que les ingénieurs ont fait un meilleur travail concernant le placement des microphones, les niveaux (d’enregistrement), la balance et l’équalisation, ou encore que la pièce où a été effectué l’enregistrement avait une meilleure acoustique. Certains des premiers enregistrements numériques était en effets durs et hachés, pas parce qu’ils étaient numériques mais parce que les ingénieurs pensaient encore analogique, compensant par anticipation des pertes qui n’existaient pas. Les meilleurs enregistrements numériques actuels sont les meilleurs enregistrements jamais réalisés. Pour être juste, il faut admettre qu’un enregistrement analogique réalisé dans les meilleurs conditions possibles et un enregistrement numérique enregistré dans les meilleures conditions possibles, à ce niveau de leurs technologies respectives, seront probablement de qualité comparable. Néanmoins, le nombre de Druides Analogiques en adoration devant l’Arbre aux Merveilles décroît rapidement dans l’univers de l’enregistrement professionnel. La solution digitale est simplement la meilleure solution.

4. Le mensonge contre le test d’écoute en aveugle

Les lecteurs réguliers de cette publication savent comment réfuter les divers mensonges invoqués par ceux qui vouent un culte au haut de gamme pour s’opposer aux tests d’écoute en aveugle (tests ABX), mais une brève explication est nécessaire ici.

La méthode ABX demande que l’équipement A et l’équipement B soit ramenés au même niveau sonore à ±0.1 dB, après quoi on peut écouter aussi longtemps que voulu pour identifier totalement A et identifier totalement B. Si on pense qu’ils sonnent différemment, il est demandé d’identifier X qui est soit A ou B (comme déterminé par un processus de randomisation doublement caché). On est autorisé à faire des comparaisons A/X et B/X à n’importe quel moment, autant de fois voulues pour décider si X=A ou X=B. Comme une réponse au hasard mène au bon résultat 50% du temps, un minimum de 12 essais est demandé pour une validité statistique (16 seraient mieux, 20 encore mieux). Il n’y a pas de meilleur moyen pour déterminer scientifiquement si on affirme juste entendre une différence ou si on peut vraiment l’entendre.

Les gurus vous diront que les tests ABX sont complètement invalides. Tout le monde sait qu’un Krell a un meilleur son qu’un Pioneer, alors s’ils sont indiscernables l’un de l’autre dans un test ABX, c’est que la méthode ABX est mauvaise : c’est leur logique. Tout le monde sait que Joe est plus grand que Mike, alors s’ils mesurent tous les deux 1m80 il y a quelque chose qui cloche avec le mètre ruban, n’est-ce pas?

Les objections habituelles des gurus face aux test ABX sont qu’il y a trop de pression (du genre « voyons à quel point vous entendez bien »), trop peu de temps (du genre « continuez, nous avons besoins de 16 essais »), trop d’éléments insérés sur le chemin du signal (c’est à dire relais, switches, atténuateurs, etc.) et bien sûr le jargon assorti sur la perception sonore. Tout cela n’est que fausses pistes pour détourner l’attention des fondements du contrôle du test. La vérité est que l’on peut faire un test ABX tout seul, sans pression de la part d’autres participants, que l’on peut prendre autant de temps que voulu (pourquoi pas 16 essais en 16 semaines?), et que l’on peut vérifier la transparence des systèmes de contrôle. Les objections sont totalement boiteuses et hypocrites.

Voilà comment on met à terre un hypocrite anti-ABX mentant, fumeux et sournois. Demandez lui s’il croit à un type de test A/B. Il dira sûrement oui. Alors demandez lui quelle perspicacité spéciale il gagne à (1) ne pas ramener les niveaux sonores à la même valeur et (2) regarder furtivement vers les plaques avec le noms des appareils. Regardez le se tortiller et perdre contrôle.

5. Le mensonge du feedback (retour en boucle sur l’amplificateur opérationnel)

Un feedback négatif dans un amplificateur ou un pré-amplificateur est mauvaaaais. Pas de feedback du tout est boooon. Tel est le mensonge largement invoqué.

Le fait est qu’un feedback négatif est l’un des outils les plus utiles disponible pour créer des circuits. Cela réduit la distorsion et augmente la stabilité. Seul à l’Age de bronze de la conception d’amplificateurs (à transistors), dans les années 60 et au début des années 70, le feedback était utilisé de manière si radicale et sans discernement par certains fabricants que le circuit pouvait avoir divers types de problèmes. Ce fut le début du fétichisme anti-feedback. Au début des années 80, un nombre de publications fondamentales d’Edward Cherry (Australie) et Robert Cordell (USA) ont, sans l’ombre d’un doute, mis en lumière qu’un feedback négatif est totalement bénin tant que certaines règles sont strictement observées. Assez de temps s’est écoulé depuis pour que la vérité soit comprise. Les tenants du dogme anti-feedback sont soit malhonnêtes, soit ignorants.

6. Le mensonge du rodage

Ce tissu de conneries (bullshit) largement réitéré consiste à faire croire que les éléments audio électroniques, et même les câbles, produiront un « meilleur son » après une période de rodage de quelques jours ou semaines ou mois (oui, mois). Pure connerie. Les capacités (des condensateurs) prennent « forme » en quelques secondes après la mise sous tension. La tension des transistors se stabilise en quelques minutes (et tout cela ne devrait pas du tout avoir d’importance capitale dans un équipement bien conçu, pour commencer). Il n’y a absolument aucune différence en terme de performance entre la première heure d’utilisation d’un amplificateur (ou pré-amplificateur ou lecteur CD) et la 1000eme. Quant aux câbles, aïe… Nous avons à faire à des vaudous audiophiles plutôt qu’à la science. […]

Les enceintes, cependant, peuvent exiger une période de rodage de quelques heures, peut-être un jour ou deux, afin d’atteindre des performances optimales, cela parce qu’elles constituent des systèmes mécaniques avec des pièces mobiles sous la contrainte qui a besoin d’y régner. (La même chose est vraie pour les appareils avec effets de retour et les armes à feu.) Cela ne veut pas dire qu’une enceinte n’aura pas un « bon son » en sortant de l’emballage, pas plus qu’une voiture avec 15km au compteur ne sera pas bonne à conduire.

7. Le mensonge du double câblage

Même des audiophiles plutôt sophistiqués tombent dans ce tour de passe-passe. Qui plus est, les fabricants d’enceintes participent à cette mascarade quand ils disent que les deux paires de connecteurs à l’arrière d’une enceinte servent autant à faire un double câblage qu’à bi-amplifier. Certains fabricants d’enceintes aux noms respectés sont coupables de cette prosternation hypocrite face aux sacrements des gurus : dans les faits, ils se soumettent aux « réalités » du marché.

La vérité est que bi-amplifier a un sens dans certains cas, même avec un crossover passif, mais le double câblage fait partie du domaine vaudou. Si on bouge les deux extrémités d’un câble vers les connecteurs où sont branchées les extrémités de l’autre câble, absolument rien ne change d’un point de vue électrique. La loi de physique qui dit cela s’appelle le principe de superposition. En termes électroniques, le théorème de superposition dit qu’un nombre de tensions appliquées simultanément à un circuit linéaire résultera à une intensité qui est la somme exacte des courants qui résulteraient si les tensions étaient appliquées individuellement. Le vendeur hi-fi ou l’audiophile qui arrive à prouver le contraire serait instantanément un candidat pour quelques récompenses scientifiques et distinctions académiques. En même temps, il est seulement juste de dire que le double câblage ne fait pas de mal. Il ne fait simplement rien. Comme les aimants dans les chaussures.

8. Le mensonge du filtre secteur

A peu près tout ce qu’il y a à savoir sur ce sujet a été dit dans les manuels d’utilisation des produits de marque Brysson : Tous les amplificateurs de marque Brysson sont fournis avec un circuit de haute qualité dans leur alimentation destiné à contrer les RF, les piques de tension et les autres problèmes dus au secteur. Les amplificateurs de puissance de marque Brysson ne nécessitent aucun système de filtre secteur spécialisé. Brancher directement l’amplificateur à la prise électrique.

Ce qu’ils ne disent pas c’est que la même chose est plus ou moins vraie avec tous les amplificateurs bien conçus. Ils ne sont pas forcément tous du niveau de ceux de Brysson en stabilité et en rendement, mais s’ils sont d’une certaine qualité ils peuvent être directement branchés sur une prise électrique. Si vous avez les moyens de vous offrir un filtre secteur alors vous avez aussi les moyens de vous offrir un amplificateur bien conçu, auquel cas vous n’avez pas besoin du filtre secteur. Il ne fera strictement rien pour vous. Notez qu’il n’est pas question ici des onduleurs utilisés en informatique. Ces onduleurs coûtent moins qu’une boîte magique Tice Audio, et les ordinateurs et leurs composants sont plus vulnérables que des appareils audio décents.

Le plus gros et stupide mensonge à propos du courant « propre » consiste à dire qu’il faut un cordon d’alimentation cher et spécialement conçu pour obtenir le meilleur son possible. N’importe quel cordon capable de supporter les tensions et intensités dans la maison sera aussi efficace qu’un autre. Les cordons ultra haut de gamme constituent une fraude. Vos circuits audio ne savent pas ce qui est à du côté (entrée) courant alternatif de l’alimentation, et cela n’a pas d’importance pour eux. Ce qui importe, c’est le courant continu dont ils ont besoin. Pensez à cela. Le tuyau qui a servi à remplir le réservoir a-t-il une importance pour votre voiture?

9. Le mensonge sur le traitement des CD

Cela remonte à l’époque du vynil, quand traiter la surface des LP avec divers liquides et sprays magiques pouvait parfois (mais pas toujours, loin de là) se traduire par une lecture améliorée, spécialement quand des résidus étaient déposés dans les sillons lors du pressage. La logique commerciale mit en avant, dans les année 80 et 90, des produits magiques similaires pour le traitement des CD. Le problème est que la seule chose qu’un CD a en commun avec un LP est qu’on peut mettre des substances grasses sur sa surface. La surface d’un CD, néanmoins, est très différente. Ses minuscules découpures ne correspondent pas à des lignes d’onde analogique mais contiennent simplement un code numérique fait de 0 et de 1. Ces 0 et 1 ne peuvent pas être « améliorés » (ou « dépréciés » dans ce cas) de la manière dont on peut parfois rendre les sillons d’un LP plus faciles à parcourir. Il n’y que des 0 ou des 1, c’est tout. On pourrait aussi bien polir une pièce de 25c de telle sorte qu’un caissier ne la prenne pas pour une de 10c.

N’utilisez simplement pas de traitement pour les CD: feutres verts, sprays ou étiquettes. Les idiophiles qui disent pouvoir percevoir l’amélioration ne peuvent jamais, jamais, identifier le CD traité dans un test en aveugle. Nul besoin d’ajouter que ce qui est écrit plus haut est aussi applicable pour les DVD.

10. Le mensonge de l’Oreille (l’ouïe) en Or

C’est le mensonge multi-usage qui devrait peut-être être placé en tête de liste en tant que No.1, mais il sera également bon pour conclure la liste. Ceux qui ont une Oreille en Or (OO) veulent vous faire croire que leur ouïe est si fine, si exquise, qu’ils peuvent entendre d’infimes nuances de sons joués mais trop insaisissables pour nous autres. Absolument faux. N’importe qui sans une ouïe abîmée peut entendre ce qu’ils entendent, mais seuls ceux qui ont la pratique et l’expérience savent qu’en faire, comment interpréter.

Ainsi, si une enceinte a une coupure (de fréquences) à 3kHz, cela ne sera perçu comme une réponse (en fréquences) régulière par personne, oreille en or ou pas, mais seule l’oreille expérimentée identifiera rapidement le problème. C’est la même chose quand un mécanicien identifie pratiquement immédiatement le problème en écoutant le bruit d’un moteur. Son ouïe n’est pas plus fine que la vôtre: il sait juste ce qu’il écoute. On pourrait en faire autant après avoir travaillé sur autant de moteurs que lui.

Voilà maintenant la mauvaise partie: les Oreilles en Or auto-proclamées (gurus subjectifs, vendeurs hi-fi haut de gamme, meneurs de clubs audio, etc.) utilisent souvent leur soi-disant ouïe supérieure pour intimider. « N’entendez-vous pas? » disent-ils en comparant deux amplificateurs. On est supposé entendre un grande différence entre les deux alors qu’en réalité, il n’y en a aucune : les OO ne peuvent pas l’entendre non plus; ils disent juste qu’ils le peuvent en se fiant à leur statut reconnu d’OO. Triste à voir.

Et la meilleure défense contre le mensonge de l’Oreille en Or est bien sûr le double test ABX en aveugle (voir #4 plus haut). Ce test fait la distinction entre ceux qui disent entendre quelque chose et ceux qui entendent vraiment. C’est impressionnant le faible nombre d’OO, s’il y en a, avec des résultats aux tests ABX qui correspondent.

Il y a bien sûr davantage de gros mensonges en audio que ces dix, mais gardons en de côté pour une autre fois. En plus, ce n’est pas l’industrie audio qu’on devrait blâmer mais la culture de consommation folle associée à l’acceptation d’une science « vaudou ». L’industrie audio, spécialement dans le secteur haut de gamme, réagit à peine face au climat ambiant. Finalement, chaque culture a ce qu’elle mérite.

Quelle est cette image en tête de cet article ? Il s’agit d’un « élévateur de câble » qui pourrait mériter un onzième chapitre ici. Pour s’en convaincre, lire la description complète sur cette page (en anglais). Pour les anglophobes voici un paragraphe édifiant : « L’avancée la plus significative appliquée au DFSS est le pont suspendu à double bande de câble, conçu pour supporter n’importe quel câble, puissance ou signal, tout en dissipant l’énergie vibratoire à travers les bandes de polymère volontairement tendues. La deuxième innovation est le composé granulaire absorbant l’énergie qui remplit la base du DFSS. Cette formulation de composé absorbe l’énergie au sol qui s’accorderait autrement au câble, causant la dégradation du signal. »
Étrange, aucun prix Nobel de physique n’a jamais été accordé à un quelconque inventeur de matériel de ce genre…

97 réactions au sujet de « Les 10 plus gros mensonges en audio »

  1. Je ne peux répondre sur certains point mais ayant un système milieux de gamme : ampli & préampli atoll + enceintes 3 voix triangle, le changement de cablage pour du n »blindé » a fait une énorme difference même si pour les enceintes j’utilise tjrs le 2,5 multibbrins standart, bien suffisant. merci quand même de votre article éclairé.

    1. Bonjour Nieres, un câble de modulation blindé est indispensable eu égard à l’impédance élevée (±22 KOhms) et à la faiblesse du signal électrique (quelques mV). En la matière, les câbles asymétriques type RCA ne sont pas toujours bien réalisés. A partir de quelques dizaines d’euros le tour est joué.
      S’il s’agit de câbles de puissance entre ampli et HP un blindage n’est d’aucune utilité (±8 Ohms, tension élevée). Quant à la section elle est calculée en fonction de la puissance et de la longueur de liaison. Une paire de câble 2,5mm² permet de relier un système de forte puissance sur plusieurs mètres. Cas assez peu courant dans un milieu domestique.

  2. Certe pour certain le LP peut sembler obselète , par contre il ne faut pas oublier que depuis 2016 , le LP a dépassé les ventes du cd moche et du numérique. Et sans oublier la monté de la cassette qui refait surface (populaire chez les jeunes qui n’ont pas la tune pour acheter des LP). Si ce n’est que pour le son , je conseil fortement de downloader tes albums préférés en form flac et de tout balancer sur ton iPhone , mais le LP n’est pas là , la majorité des adeptes du vinyl (je n’utiliserai plus LP puisque mon support préféré est le single 7 ») se tourney vers ce dernier pour des raisons autre que le son. D’abors , le choix , il n’y aura jamais autant de choix qu’avec le disque vinyl , certe le dernier tube de Taylor switft sera sur tout les supports , mais quand on parle de musique plus obscure , il est peu probable de trouver une réédition cd d’un single d’un band punk qui a fait 4 shows à new-York en 77′. Deux , l’aspect de collection. Dans le format downloadable , il est innexsistant , pour le cd , ça consiste généralement à 2 pieces de plus , un dvd making of. Pour le Vinyl les éditions de collections passe souvent par la singularisation du media , par sa couleur, sa forme , le sens de la  »groove » , pieces cache sous l’étiquette . Mais peux aussi aller par des goodies fait a la mains , qui donne un reel sens de proximité avec l’artiste. 3 , l’aspect participative , encore là , innexistant avec le format downloadable , et minimum avec le format cd . Le fait de deposer l’aiguille sur le microsillon pour faire démarrer la musique et ensuite prendre le gros  »gatefold » et l’inspecter tel un album photo pendant l’écoute . Donc pour le fan de pop et d’electro , le cd a encore la cotte , mais pour les mélomanes et les collectionneurs qui adore explorer et découvrir , le vinyl est tout sauf obselète.
    p.s , On s’entend pour dire que les jeunes qui écoutent Presque qu’exclusivement du streaming naz sur Spotify , en ont rien a crisser (rien a foutre pour les francais) de la qualité du son ;P La qualité sonore est un hobby de vieux.

    1. Votre Post-scriptum confirme bien que vous ne parlez pas d’audio mais de perception visuelles, tactile voire pratique. Et en effet, je ne suis pas loin de penser comme vous sur le « conflit de génération » qui concerne la qualité sonore.
      Cela étant dit, mes jeunes à moi sont bien contents de mettre leur musique à fond sur mon système plutôt que le leur 😉 Quand ça n’est pas le cas, mon fils écoute souvent ses « sons » sur le système que je lui ai fabriqué et il s’achète des écouteurs corrects. En fait tout est question (comme toujours) d’éducation et d’instruction. Comme au Québec, non ?

      1. Bonjour Pierre,

        Vous soulevez un point qui m’apporte vers une autre question que vous pourrez facilement répondre : vous parlez plus haut de votre fils qui écoute sa zik avec des écouteurs , et je me demandais si le matos est aussi important losque nous écoutons avec les écouteurs ? Avons-nous simplement besoin d’un lecteur et d’un pré-amp (selon le support écouté) bien concu et le tour est joué , ou c’Est plus compliqué que cela.
        Merci

        1. Bonne question. Michel Lafaurie m’interpelle plus bas sur les « circuits courts ». Voilà le meilleur exemple.
          Il faut un bon écouteur ou casque, et en la matière il y a des écarts énormes – que l’on ne soupçonne pas – très facilement audibles par tout un chacun (je ne parle pas des boum-boum appréciés des djeunz). Certains vont dire qu’un bon ampli casque, entre la source et vos oreilles, améliore les choses. C’est le cas si la source dispose d’une sortie niveau « ligne » et non casque (niveau et impédance différents). Auquel cas une connexion directe est préférable.
          Après selon la source, le soin apporté à la ligne d’amplification n’est pas toujours top ; par exemple les différences de qualité entre un simple téléphone mobile et un autre.

  3. Bonjour Monsieur,
    Je suis assez éberlué par vos commentaires, certes certains ne pense qu’a vendre très chère leur poudre de perlimpinpin, mais sur le son lui-même je vous poserais une question, comment expliquer que certains musiciens reconnaissent leur propre instrument, mettez dans les mains un stradivarius, qui n’est pas celui dont il joue habituellement et vous aurez une réponse. Bien sur moi je ne suis pas ce musicien, mais je suis de ceux qui pensent que plus le circuit est cour entre le son produit et celui qui l’écoute, mieux c’est. Vous parlez notamment du numérique, techniquement c’est une prouesse, oui mais ce qui est enregistré sur un CD se trouve à de lieues de ce qui est enregistré sur un microsillon, sur un CD nous sommes en binaire, seul deux états sont possibles, sur le microsillon c’est tout autre chose, lequel est le plus près du fonctionnement fondamental de notre oreille ?
    Et la qualité n’a rien à voir là-dedans, il s’agit de perception, or pas un seul individu n’a la même perception des sons.
    Michel Lafaurie

    1. Michel, des notions bien différentes sont abordées dans votre commentaire.

      1. Le fait qu’un musicien reconnaisses son instrument ne contredit en rien les points abordés par l’article. En matière d’audio (on ne parle pas nécessairement d’instrument ou de musique) on peut imaginer que ce même musicien saura reconnaître, lors d’un test en aveugle, les nuances de tel ou tel son, la différence de qualité (ou pas) entre tels ou tels matériels.
      2. Le « circuit court » dont vous parlez est un concept défendu depuis des lustres. Il a ses aficionados mais rien n’a prouvé que le gain était systématiquement réel. De nombreuses chaînes au « circuit long » sont considérées meilleures que d’autres au « circuit court » (et vice versa). Tout dépend de ce qu’il y a sur le parcours !
      3. Votre comparaison entre le CD (techno numérique) et le microsillon (techno analogique) laisse percevoir que votre connaissance en matière d’échantillonnage est, non pas à des lieues, mais à des années lumières de la vérité, aussi bien technologique que scientifique. A moins qu’écrire que seul deux états sont possibles (SIC) ne soit de la pure mauvaise foi…

      Enfin, si vous partez du principe que pas un seul individu n’a la même perception des sons (SIC) il est alors inutile de discuter de tout ça. Car à partir de ce postulat, chacun aura prouvé par sa seule perception que tel matériel est le meilleur, sans discussion possible. Maintenant, soumettez votre perception (subjective) à des tests (objectifs) comme il se doit et on en reparlera.

  4. Cher monsieur,
    Merci pour votre article que je découvre ce jour à la faveur d’une recherche sur la toile concernant l’utilité d’un préampli à lampes sur un ampli intégré Nad déjà bien costaud (C372) et de bonne facture. J’ai l’impression que cet achat serait bien inutile pour « améliorer » ou « réchauffer le son »…
    Je vous rejoins complètement sur la question des câbles. Les tests à l’aveugle montrent à quel point un cintre peut apporter le même rendu. C’est la preuve du contraire, ainsi que vous l’affirmez, qui manque. Par expérience personnelle, j’ai pu vérifier que le prix, dans la mesure où le câble était de bonne fabrication, ne faisait aucune différence.
    De même je n’ai jamais compris cet argument classique anti-CD, apparu dès l’arrivée de ce support sur le marché. Etant né sous le règne et la technologie du vinyle, j’aurais pu avoir une propension à favoriser ce support dans mes écoutes. Au contraire, l’arrivée du CD m’a complètement soulagé : je pouvais enfin apprécier d’écouter à loisir la musique sans abîmer les supports à la 3ème écoute (et ce en dépit des soins apportés aux vinyles) et pouvant enfin apprécier les silences sans craquements atroces (qui renvoient aujourd’hui à la nostalgie du support vinyle par de-delà, d’une époque fantasmée comme celle de la jeunesse, l’enfance, etc…). La seule chose que l’on puisse éventuellement reprocher au CD et qui a bouleversé l’écoute, c’est la durée : celle d’un vinyle, avec le principe des deux faces, était limitée et permettait un temps d’écoute adaptée à une écoute active. La durée du CD, à moins de raccourcir le timing de l’enregistrement, suppose de faire des arrêts dans le disque et empêche une écoute intégrale d’une traite. C’est l’avis de mes sens et mes oreilles. Ce n’est pas un problème par ailleurs, puisqu’il suffit d’arrêter le CD ! Selon l’émotion, il y a même des moments où le silence est nécessaire après un seul morceau !
    Merci en tous cas pour prendre à rebrousse poil les arguments débités habituellement sans preuve, en argumentant point par point, preuve scientifique à l’appui. C’est important de le préciser, car c’est ce qui rend votre démarche crédible et instructive, au-delà de la compétence technique qui semble est la vôtre : vous partez du factuel et demandez des preuves face à des affirmations qui s’inscrivent dans la subjectivité (tout à fait normale) des uns et des autres : vendeurs, audiophiles de bonne foi mais crédules, influencés ou complexés.
    L’argumentaire publicitaire est rodé depuis longtemps : Derrière l’argument du « luxe » (et du cher) toute l’idée est de faire croire que vous le valez bien. Alors qu’il faut d’abord regarder si c’est le produit qui le vaut bien, le prix. Et si ce produit va apporter une indéniable amélioration.

  5. Bonjour, bon c’est amusant de lire toujours les mêmes choses en fait, cela fait tellement longtemps que ce débat dure que l’on pourrait prendre des documents d’il y a 20 ou 30 ans et en faire des copier coller. Je vous laisse donc votre article et je me permettrais juste d’ajouter, car cela manque cruellement ici, c’est l’apprentissage de la musique. Elle peut être du point de vue technique comme le solfège ou tout simplement apprendre à écouter la musique, à en discerner les nuances, les hauteurs, comprendre un son et tout cela est la base d’un audiophile et est certainement la plus importante. Votre amusant article est en fait une caricature sans vouloir entrer en profondeur de ce qu’est la musique, du matériel nécessaire pour la reproduire avec fidélité les attaques, les timbres, les fréquences. Bref, en fait tout ce qui fait une passion, qui ne semble pas être la votre puisque vous ne faites que survolé le sujet. Bien sur, il y a à boire et à manger en audio c’est comme dans chaque domaine, mais si vous aviez l’opportunité de croiser par exemple des personnes qui ont une oreille en « or » et je ne parle pas d’un audiophile face à du matériel mais à une personne qui naturellement sait reconnaître les notes face à la performance de plusieurs instrumentistes, ou une personne qui sans même entendre un son serait capable de vous expliquer la musique, de vous la faire vivre, de vous la faire ressentir cela vous donnerait peut être envie d’en apprendre un peu plus sur la musique et les moyens de la reproduire avec naturel et surtout de l’écouter avec une autre approche, peut être celle d’un audiophile/mélomane. Bien à vous.

    1. Jean-Luc, votre approche illustre effectivement, en partie, les débats depuis tant d’années. Elle prend comme appui la musique et sa pratique, ce qui est une erreur pour deux raisons majeures :

      1. S’il était nécessaire d’être musicien pour apprécier la musique, reproduite ou non, les « personnes autorisées » se réduiraient en peau de chagrin. De nombreux ingénieurs du son rendraient leur tablier. Une comparaison avec ses limites : un expert mécanicien n’a pas besoin d’être un champion automobile pour améliorer une voiture de course. Certes pratiquer la musique – ce qui est mon cas – aide à juger un timbre, une justesse. Mais ça n’est pas nécessaire pour savoir, avec l’acquisition de l’expérience, quand un matériel audio « sonne juste ». Quant à « l’oreille en or » vous confondez avec « l’oreille absolue », qui est une caractéristique connue et vérifiable : on sait entendre un ré, un fa, comme on sait entendre la fausse note d’un violon au beau milieu d’un orchestre symphonique. Mais cette qualité rare n’induit pas nécessairement que l’on ne se fasse pas berner par des pseudo performances qu’on n’a pas vérifié lors d’un test en aveugle…

      2. Puisque nous sommes « musiciens » nous savons une chose : la reproduction de la musique doit être fidèle (pour rappel HiFi est l’abréviation de High Fidelity). Tout artefact ajouté lors de l’exécution, la captation ou du mixage doit être reproduit au plus près possible de la volonté de l’auteur. C’est ce qu’explique l’article : il y a des matériels qui modifient la musique lors de sa reproduction, qui « colorent » le son, quand d’autres n’apportent rien. Les « oreilles en or » qui affirment le contraire doivent avoir l’honnêteté intellectuelle et le courage d’en apporter la preuve.

      En conclusion on parle ici de son, pas de musique. Si notre système audio sait reproduire fidèlement le bruit du tonnerre ou le bruissement d’une feuille de papier, il saura en faire autant avec la musique. Et au passage : un grand nombre de matériels (ou composants) critiqués par certains audiophiles sont présents dans la chaîne d’enregistrement. Qu’on se le dise.

      Pour ajouter une dernière note, considérons qu’audiophile, mélomane et musicien soient trois branches distinctes du domaine audio : on peut appartenir à l’une, l’autre ou à l’ensemble. Mon père n’était pas musicien mais mélomane et audiophile. Il savait entendre comme personne les nuances d’une interprétation de telle ou telle symphonie. Pour autant, dès les années 60, il ne se laissait pas tromper par les charlatans. Il a, dès que possible, laissé son vieil ampli à lampe au profit d’un Tandberg de première classe. Il passa donc du 78 tours au CD, avec un détour par la cassette audio (il en eut près de 4000). Mais il savait l’essentiel : les enceintes acoustiques étaient la pierre angulaire de la reproduction sonore et le reste était essentiellement de la littérature.

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